(Québec) Les infirmières sont loin d’être les seules travailleuses de la santé touchées par de nombreux retards d’ajustements de salaire rétroactifs et de versement de « primes COVID ». Des « milliers » de dollars sont dus à l’ensemble du personnel du réseau, déplorent les syndicats. « Toutes les sommes seront versées jusqu’au dernier dollar », promet Québec.

Mis à jour le 27 janvier
Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

« Ça touche des préposés aux bénéficiaires, le personnel administratif, les gens au niveau des services auxiliaires aussi », affirme la présidente du Syndicat québécois des employées et employés de service (SQEES-FTQ), Sylvie Nelson. « Ça n’a aucun sens que nos membres n’aient pas encore vu la couleur de cet argent que le gouvernement leur doit. Je vous le dis, les membres sont rendus à l’écœurement, ils sont tannés. »

Le son de cloche est le même du côté de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), qui représente 110 000 employés du secteur public.

« Il y a des milliers de personnes qui sont en attente de sommes qui leur sont dues. Ce n’est pas du tout aidant, surtout dans le contexte où on est confronté à des difficultés importantes pour attirer et retenir le personnel », lance la vice-présidente responsable du secteur public, Josée Marcotte. « Les membres sont assez frustrés », ajoute-t-elle. Selon Mme Marcotte et Mme Nelson, la situation aurait mené des travailleurs à quitter le réseau.

La Presse rapportait jeudi que les infirmières de partout dans le réseau de la santé et des services sociaux (RSSS) étaient en attente du versement des ajustements de salaire rétroactifs prévus dans leur nouveau contrat de travail. Les logiciels utilisés pour le système de paie sont incapables d’apporter les ajustements.

Lisez l’article « “Plusieurs milliers” de dollars dus à des infirmières »

Il en va de même pour plusieurs « primes COVID » et autres modalités prévues à leur nouvelle convention collective. Les sommes dues peuvent facilement atteindre plusieurs « milliers » de dollars par infirmière, selon la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), qui compte 76 000 membres.

La « frustration » entendue, assure Dubé

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a indiqué sur Twitter qu’il comprenait la « frustration » des soignantes et que les engagements du gouvernement seraient respectés. Il assure que « toutes les sommes seront versées jusqu’au dernier dollar ».

Les mêmes problèmes informatiques touchent les autres titres d’emploi du RSSS. La SQEES-FTQ et la FSSS-CSN ont renouvelé leurs contrats de travail avec le gouvernement l’automne dernier. Comme dans le cas de la FIQ, le gouvernement est actuellement en retard pour verser les sommes prévues aux contrats de travail.

« Ce n’est pas la première convention collective que l’on signe. C’est courant qu’il y ait un délai raisonnable pour verser les sommes rétroactives, mais là, c’est vraiment le chaos total », illustre Mme Nelson.

Les syndicats ont affirmé que le ministère de la Santé et des Services sociaux n’était pas en mesure de leur confirmer avec certitude à quel moment la situation serait rétablie dans le réseau. Certains ajustements pourraient être réalisés à compter de février et mars. Les retards sont répertoriés partout dans le réseau, mais peuvent varier d’un établissement à l’autre.

Pour certains membres de la SQEES-FTQ et de la FSSS-CSN s’ajoutent par ailleurs les règlements en vertu de la Loi sur l’équité salariale concernant des rétroactivités remontant à 2015 et 2010. Ces sommes auraient dû être versées au plus tard le 1er décembre dernier, indiquent les syndicats.

Le Ministère a confirmé jeudi que les « établissements du RSSS travaillent activement à actualiser l’ensemble des mesures dans les meilleurs délais ».

Ce qu’ils ont dit

Ça ne fait que creuser et élargir le gouffre de la confiance entre le gouvernement et ses salariés. […] Quand tu as du monde qui est important et qui travaille pour toi, le moins que tu puisses faire, c’est leur donner leur dû. La dernière chose dont le personnel soignant avait besoin, c’est une version québécoise du système de paie Phénix.

Vincent Marissal, porte-parole en matière de santé, Québec solidaire

Ça envoie un message très mauvais. Est-ce qu’on traite vraiment bien nos anges gardiens ? Au-delà des belles paroles et promesses, je pense qu’il y a un bris de confiance dans le contrat moral entre le gouvernement et les professionnels de la santé. Le gouvernement doit absolument remplir sa part du contrat.

Monsef Derraji, porte-parole en matière de santé, Parti libéral du Québec

La mini-révolution promise par la CAQ aux soignants du Québec est un échec. L’argent ne suffit pas et les sorties médiatiques sans résultats concrets brisent la confiance des travailleurs. L’abolition du TSO [heures supplémentaires obligatoires] et l’adoption d’une loi sur l’implantation de ratios sécuritaires permettraient réellement de faire une différence sur la surcharge de travail.

Joël Arseneau, chef parlementaire, Parti québécois