(Québec) À bout de patience dans ses négociations avec les médecins de famille, Québec prescrira son propre remède pour rendre leurs services plus accessibles. Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, déposera jeudi un projet de loi « visant à augmenter l’offre de services de première ligne par les médecins omnipraticiens et à améliorer la gestion de cette offre ».

Tommy Chouinard
Tommy Chouinard La Presse
Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

« Ce sera une main tendue aux médecins, vous verrez », s’est contenté de dire M. Dubé à son arrivée à la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, mercredi.

Or, le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le DLouis Godin, se dit « inquiet » et « surpris » de la décision du gouvernement Legault de déposer à ce stade-ci un projet de loi.

« Ce n’est pas un geste anodin […] et on trouve ça paradoxal alors qu’en même temps, [le gouvernement] exprime ce désir de vouloir négocier, s’entendre, collaborer et trouver des solutions ensemble », a-t-il déploré en entrevue.

« On craint que le projet de loi comporte des mesures d’obligation, puis de coercition si on ne fait pas ci ou qu’on ne s’entend pas… Ça, on le dit depuis le début, c’est la pire approche à prendre, et sur le terrain, ça va être très mal reçu », a-t-il prévenu.

La FMOQ n’a eu aucune rencontre avec le Ministère depuis « au moins trois semaines ».

Dans son discours d’ouverture de la nouvelle session parlementaire, le 19 octobre, le premier ministre François Legault avait prévenu que son gouvernement pourrait en arriver là. « J’ai toujours pensé qu’il valait mieux s’entendre avec les médecins, mais s’il le faut, on ne va pas hésiter à imposer une conclusion, parce que les Québécois s’attendent à être pris en charge puis à avoir des services de première ligne dans un délai raisonnable », avait-il dit. Il avait ajouté qu’il commençait « à s’impatienter », alors que les négociations durent depuis trois ans.

Un accès aux services toujours difficile

À la fin d’octobre, M. Legault soutenait qu’il était prêt à déposer un projet de loi afin de permettre à Christian Dubé de communiquer aux PDG des CISSS et des CIUSSS l’identité des médecins qui ne suivent pas au moins 1000 patients. Le premier ministre avait préalablement révélé qu’il avait obtenu une liste identifiant ces médecins à partir de données de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ). La FMOQ avait menacé de poursuivre le gouvernement. Le ministre Dubé avait par la suite nuancé les propos du premier ministre.

C’est la deuxième loi qui cible les médecins de famille au cours des dernières années. Sous le gouvernement Couillard, le ministre Gaétan Barrette a fait adopter la loi 20, qui prévoit des pénalités financières aux médecins de famille qui n’atteignent pas certaines cibles quant à l’accès aux services. Ces pénalités n’ont finalement jamais été appliquées.

« Avec un gouvernement de la CAQ, tous les Québécois auront un médecin de famille et pourront le consulter, lui ou une infirmière praticienne spécialisée, à l’intérieur d’un délai maximal de 36 heures, d’ici 4 ans », promettait François Legault en 2018. Or, l’accès aux services est toujours aussi difficile : 80 % des Québécois ont un médecin de famille. La liste d’attente a gonflé au cours des dernières années et comprend maintenant 800 000 noms.

Le gouvernement a d’ailleurs abaissé la barre dans le plan stratégique du ministère de la Santé et des Services sociaux, alors que l’on vise à donner accès à un médecin de famille à 85 % des Québécois d’ici 2023. Dans le même plan, on a retiré la promesse caquiste visant un délai maximal de 36 heures pour une consultation médicale.