La volonté du ministre Christian Dubé de rapatrier des infirmières dans le réseau public risque de mettre le réseau privé d’hébergement des aînés en difficulté. Déjà, ces établissements se retrouvent sur la corde raide parce qu’une partie de leur personnel n’est pas vacciné.

Katia Gagnon
Katia Gagnon La Presse

« La question n’est pas de savoir si on va frapper le mur, on va le frapper. La question est de savoir à quelle vitesse on va le frapper et quels seront les dommages », dit la directrice générale de l’Association des établissements privés conventionnés (AEPC) Annick Lavoie. L’association représente les 59 établissements privés conventionnés du Québec.

Un sondage tout récent auprès des membres a révélé que 82 % des infirmières à l’œuvre dans les CHSLD privés conventionnés étaient vaccinées, tout comme 80 % des infirmières auxiliaires et 85 % des préposés aux bénéficiaires.

Résultat : le 15 octobre, date butoir établie par le ministre Christian Dubé pour que les employés soient pleinement vaccinés, il va manquer 100 infirmières et 100 infirmières auxiliaires dans les CHSLD privés conventionnés, indique Mme Lavoie.

« On ne peut évidemment pas se permettre qu’il nous manque 18 % de nos infirmières », dit-elle. Tous les établissements travaillent sur un « plan de contingence », mais deux ou trois établissements pourraient carrément se retrouver en rupture de services, estime la directrice générale.

De l’aide des CISSS et CIUSSS ?

Une situation qu’il faut à tout prix éviter, dit le président de l’AEPC, Jacques Nadon. Certains établissements se préparent donc à appeler les CISSS ou CIUSSS locaux à l’aide, comme on l’a fait pendant la première vague de la pandémie. Une directive toute récente envoyée par la sous-ministre à la Santé, Dominique Savoie, indique d’ailleurs clairement aux établissements qu’ils devront appuyer les CHSLD privés qui relèvent d’eux.

Mais comment feront les établissements publics pour voler au secours des CHSLD privés, alors qu’eux-mêmes souffrent d’une grave pénurie de personnel ?

Les CISSS et les CIUSSS nous ont prévenus qu’eux aussi avaient beaucoup de départs. Ils nous ont dit qu’on ne devait pas compter sur eux comme premier plan de contingence, parce qu’eux aussi, ils sont dans le trouble. Eux aussi, ils sont en détresse côté pénurie.

Paul Arbec, président de l’Association des CHSLD privés non conventionnés

La situation est moins criante du côté des 40 établissements privés non conventionnés, où on compte environ 5 % d’employés qui ne sont toujours pas vaccinés. « On avait 10 % d’employés récalcitrants. On a réussi à en convaincre une partie. Il reste entre 3 et 5 % qui sont des antivaccins, pour toutes sortes de raisons », indique Paul Arbec, président de l’Association des CHSLD privés non conventionnés. Ces employés se retrouvent souvent à l’entretien ménager ou aux cuisines. « Ce sont des postes difficiles à pourvoir et qui constituent un service essentiel », dit M. Arbec.

Convaincre les récalcitrants

Michel Nardella, ancien président de l’association et lui-même propriétaire d’un CHSLD, craint que l’annonce gouvernementale de jeudi ne vienne encore ajouter au casse-tête des établissements privés.

Les réseaux privés et publics sont des vases communicants, fait-il valoir. En voulant améliorer le sort du public, « il est possible qu’on vide les CHSLD privés de leur personnel ».

Est-ce que le gouvernement a un plan B pour les assister ? S’ils viennent chercher nos infirmières et qu’on nous les renvoie dans un plan d’urgence, est-ce qu’on est vraiment plus avancés ?

Michel Nardella, ancien président de l’Association des CHSLD privés non conventionnés et propriétaire d’un CHSLD

Et dans son cas, la pénurie de personnel n’est pas due aux consignes sur la vaccination : les 60 employés de son CHSLD sont tous vaccinés, souligne-t-il. « Certains d’entre eux, environ une quinzaine, étaient très réfractaires. Pour eux, le vaccin, c’était une sorte de poison. Il a fallu les rencontrer. Avec certains, on a fait six rencontres. On s’est donné beaucoup de peine et on est venus à bout de tous les convaincre. »

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Nombre de CHSLD privés au Québec

30 %

Proportion des places dans les CHSLD du Québec qui sont dans le réseau privé

Source : ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec