Une infirmière aux soins intensifs de l’hôpital Pierre-Le Gardeur, à Terrebonne, a lancé un cri du cœur samedi soir avant de démissionner. Elle y a notamment dénoncé les conditions de travail pendant la pandémie, qui l’ont rendue malade.

Mis à jour le 7 sept. 2021
Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

Au début de la pandémie, les soins intensifs de l’hôpital Pierre-Le Gardeur ont été désignés comme le centre receveur des cas de COVID-19. « Toute la région de Lanaudière nous acheminait les cas. Il y avait des ajustements, des consignes et des procédures qui changeaient tous les jours. C’était devenu extrêmement difficile et ça demandait beaucoup de concentration », a témoigné Emy Coutu, infirmière aux soins intensifs depuis deux ans.

Pour pallier le manque de personnel pendant la pandémie, les employeurs avaient l’autorisation de déplacer les infirmières d’un département à l’autre. Le département d’Emy Coutu a reçu des infirmières qui n’avaient pas de formation pour les soins intensifs. Elles ne pouvaient donc pas intervenir dans la plupart des situations. « L’aide que l’hôpital nous apportait était très limitée », a-t-elle dit.

Les arrêtés ministériels, mis en place pendant la pandémie, ont également donné le pouvoir aux gestionnaires et aux employeurs de modifier les horaires des infirmières selon leurs besoins. Emy Coutu alternait donc les quarts de jour, de soir et de nuit. Avec les heures supplémentaires obligatoires, elle faisait entre 50 et 60 heures de travail par semaine.

Malgré mon épuisement, on m’imposait toutes ces heures.

Emy Coutu, infirmière aux soins intensifs de l’hôpital Pierre-Le Gardeur

L’infirmière était pourtant habituée aux horaires intenses. « Ça faisait des années que je travaillais à temps plein et, sur une base volontaire, je faisais des heures supplémentaires. »

Changer de navire

Au début de l’année 2021, Emy Coutu est tombée en dépression. Le travail a été une des causes principales. « J’étais irritable. Au travail, j’ai éclaté en sanglots. Je ne mangeais qu’un seul repas par jour. Je n’avais jamais faim. J’étais toujours épuisée », s’est-elle remémorée.

Le moral diminue également chez tous ses collègues. « La conciliation travail-famille était très difficile. » Certains de ses collègues, qui avaient l’habitude de travailler trois ou quatre jours par semaine, n’avaient plus l’autorisation de le faire. « Avec les arrêtés ministériels, on était obligés de travailler à temps plein », a expliqué Mme Coutu.

En février 2021, Emy Coutu a entrepris un congé de maladie qui a duré sept mois. Ce temps d’arrêt lui a permis de réfléchir. Au début du mois d’août dernier, elle a décidé de quitter son poste dans le système public pour aller au privé.

Ça n’a pas été une décision facile à prendre, mais avec le recul, je crois que c’est le bon choix que j’ai fait.

Emy Coutu, infirmière aux soins intensifs de l’hôpital Pierre-Le Gardeur

Une chose est sûre : Mme Coutu va s’ennuyer de son département des soins intensifs et de ses collègues. « La dernière journée a été déchirante. Je m’étais promis de ne pas pleurer, mais j’ai craqué en lisant les lettres de félicitations que mes collègues ont faites. » Elle part aujourd’hui le cœur lourd, mais la tête légère.

Solutions et reconnaissance

Mme Coutu espère que le gouvernement réalisera l’ampleur des problèmes dans le réseau de la santé. « Le bateau, ça fait des années qu’il est en train de couler », a-t-elle indiqué. Le gouvernement doit écouter les infirmières et aller sur le terrain. « Ce sont elles les mieux placées pour dire les problématiques et proposer des solutions. »

Elle souhaite également que les infirmières puissent avoir de meilleures conditions de travail et qu’elles soient reconnues à leur juste valeur. « On parle beaucoup de vocations et de femmes dévouées, mais on aimerait avoir la reconnaissance face au travail qu’on fait. »

Enfin, elle souhaite que les Québécois puissent continuer d’être fiers d’un système de santé gratuit. « Si les travailleurs, les employeurs et le gouvernement travaillaient main dans la main, ça pourrait peut-être permettre d’améliorer notre système de santé qui va de mal en pis. »

Sur Facebook, sa publication annonçant son départ du système public a été partagée plus de 3000 fois. Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a également réagi à son témoignage. « Je salue le courage de madame Coutu de s’exprimer ainsi. C’est un témoignage poignant. Après tout, je la remercie d’avoir travaillé si fort pour soigner les Québécois », a-t-il indiqué sur Twitter.

Ouverture des frontières

Dès mardi, les ressortissants étrangers entièrement vaccinés pourront entrer au Canada pour des raisons non essentielles, comme le tourisme. Toutefois, ces personnes doivent être entièrement vaccinées, avoir un résultat négatif valide du test moléculaire de dépistage de la COVID-19, être asymptomatiques, soumettre leurs informations obligatoires au moyen d’ArriveCAN et subir un test à l’arrivée, si elles sont choisies. Ces mesures sont déjà en vigueur pour tous les voyageurs des États-Unis depuis le 9 août.

Alice Girard-Bossé, La Presse