Une information relayée dans des groupes Facebook de parents montréalais faisant état de « dizaines d’hospitalisations graves » d’adolescents à la suite de la consommation d’un médicament contrefait a été démentie vendredi par le CHU Sainte-Justine.

Judith Lachapelle
Judith Lachapelle La Presse

« Il y a présentement des dizaines d’hospitalisations graves à Ste-Justine pour des overdoses de ce que le vendeur prétend être du Xanax qu’il vend à 1 $ la pilule », disait le message mis en ligne notamment sur le groupe Parents de Rosemont jeudi.

« C’est faux », dit la porte-parole du centre hospitalier pédiatrique, Justine Mondoux-Turcotte. Il n’y a pas eu « d’augmentation marquée » récemment du nombre d’hospitalisations liées à la consommation de sédatifs comme les benzodiazépines, la catégorie de médicaments à laquelle appartient l’alprazolam, plus connu sous son nom commercial Xanax.

« La question de la consommation de certaines drogues et médicaments comme les benzodiazépines (dont le Xanax) chez les jeunes et la circulation de substances vendues sur le marché noir inquiète de nombreux parents et ne doit pas être prise à la légère », a d’ailleurs indiqué le centre hospitalier vendredi après-midi sur sa propre page Facebook.

« Il faut cependant, face à certains messages qui circulent, rectifier les faits : si le CHU Sainte-Justine note une augmentation du nombre de consultations sur ces questions depuis quelques années, il n’y a PAS d’augmentation marquée des hospitalisations ou visites à l’urgence liées aux benzodiazépines à Sainte-Justine. »

Consultez la mise au point publiée par le CHU Sainte-Justine

D’autres cas de surdoses à l’alprazolam contrefait ont cependant été rapportés par le passé. L’hiver dernier, la Direction de santé publique (DSP) de la Montérégie a répertorié au moins quatre cas de surdoses sur son territoire. Deux des adolescents avaient « présenté de l’agressivité à leur réveil, ainsi qu’une amnésie d’une durée variant entre 6 et 10 heures », selon l’enquête. « Le faible coût des comprimés, soit 2 $, la vente en milieu scolaire et les échos reçus lors de l’enquête de santé publique font craindre une augmentation de ces évènements », a indiqué en février la DSP dans une note transmise aux professionnels de la santé de la région.

Une occasion d’en parler

Lui-même parent d’un adolescent, le professeur Jean-Sébastien Fallu, de l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, a vu passer le message sur les réseaux sociaux en se posant d’abord les mêmes questions que beaucoup de parents. « Je me suis demandé : est-ce que mon jeune est rendu là ? Est-ce que j’ai suffisamment parlé avec lui des risques des drogues ? Est-ce le bon moment pour lui en reparler ? »

« Mon ado vit dans le Québec de 2021, il sera exposé aux drogues », dit l’expert, qui plaide pour une discussion franche entre parents et enfants pour que les jeunes développent leur sens critique. « On a tendance à en parler seulement de façon négative et de manière à faire peur. »

Les effets du Xanax s’apparentent un peu à l’ivresse de l’alcool, dit Jean-Sébastien Fallu. « Sauf que ça ne coûte pas cher, ça ne goûte rien, ça ne sent rien, c’est indétectable. Les ados peuvent en consommer quand ils veulent, sans que personne ne le sache. Et comme l’alcool, ça peut créer une dépendance. »

Ces comprimés contrefaits et vendus sur le marché noir peuvent aussi contenir d’autres substances plus dangereuses que l’alprazolam. Dans les analyses faites par la DSP de la Montérégie l’hiver dernier chez les adolescents qui disaient avoir consommé du Xanax acheté sur le marché noir, on a d’ailleurs trouvé plusieurs puissants sédatifs… mais aucune trace d’alprazolam.

« Il n’y a pas de contrôle de qualité ! », lance M. Fallu, qui voit ici un autre exemple en faveur d’un encadrement du marché des drogues. « Il y aurait probablement moins de merde qui tomberait dans les mains des adolescents… »