(Montréal) Une première grande organisation syndicale dans la santé vient de se doter d’un mandat de grève.

Lia Lévesque La Presse Canadienne

C’est à 92,4 % que les membres de l’APTS viennent de voter en faveur d’un mandat d’au plus 10 jours de grève, à être tenus au moment opportun.

Jusqu’ici, dans le secteur public, les mandats de grève n’avaient touché que le milieu de l’éducation.

L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) représente 60 000 travailleuses dans les établissements de santé et les centres jeunesse, par exemple. Il s’agit de techniciennes en laboratoire, en imagerie médicale, de travailleuses sociales, de psychologues et autres.

En entrevue avec La Presse Canadienne jeudi, la présidente de l’APTS, Andrée Poirier, n’a pu préciser encore à quel moment le mandat de grève sera exercé, ni s’il prendra la forme de journées consécutives. La décision sera prise dans les prochains jours.

« Il n’y a pas un syndicat qui envisage la grève de gaieté de cœur. C’est vraiment le dernier recours à notre portée, quand les négociations sont dans une impasse », a affirmé Mme Poirier.

L’offre du gouvernement d’augmentations salariales de 5 % sur trois ans, avec des montants forfaitaires et une majoration possible de 1 %, si l’inflation dépassait 5 % et si la croissance économique prévue par le gouvernement était au rendez-vous, est jugée nettement insuffisante par ses membres, rapporte Mme Poirier.

Le premier ministre François Legault l’a présentée comme une offre de 8 %.

« On a des problèmes d’attraction et de rétention de la main-d’œuvre. On a une explosion des listes d’attente dans plusieurs secteurs. Il y a une surcharge de travail. Il y a des gens qui quittent pour le privé », relate la dirigeante syndicale.

« Ça lui incombe »

La conférence de presse du premier ministre Legault, dimanche dernier, lorsqu’il a pressé les 550 000 employés de l’État d’accepter son offre, les a plutôt fouettés, souligne-t-elle.

« Nos membres ont vraiment senti l’intransigeance. Ça pousse encore plus nos membres vers cette solution-là. La responsabilité actuellement du déclenchement de la grève, si elle a lieu, je dis bien si elle a lieu, ça lui incombe totalement », s’est exclamée Mme Poirier.

La présidente de l’APTS reproche aussi au gouvernement d’avoir voulu diviser les travailleurs des services publics. « Traiter des urgences et laisser de côté tous les autres secteurs, ça ne fait qu’annoncer une succession de crises. Ça prend une réponse globale. Des solutions ici et là, ça crée des inégalités. »

Services essentiels

Comme il s’agit de la santé et des services sociaux, les services essentiels devront être maintenus, si une grève est effectivement déclenchée. Le pourcentage à maintenir varie selon le département et les listes de services essentiels ont été approuvées par le Tribunal administratif du travail.

Par exemple, les techniciennes en laboratoire qui font les tests pour la COVID-19 ne débraieront pas. « Le fonctionnement de tous les services liés à la COVID sera assuré », a insisté Mme Poirier.

Ses membres travaillent aussi en réadaptation dans les laboratoires, en nutrition, sur les plateaux techniques, dans les CLSC, en première ligne et dans les centres jeunesse.