Le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, qui avait prévu de recruter du personnel non qualifié pour pallier la pénurie d’infirmières en bloc opératoire, a fait marche arrière, samedi, face à l’indignation chez son personnel dans les hôpitaux Maisonneuve-Rosemont et Santa Cabrini.

Léa Carrier Léa Carrier
La Presse

Dans un courriel transmis à La Presse, le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal a confirmé qu’il mettait sur pause son projet pilote consistant à recruter des assistants techniques non qualifiés pour appuyer les chirurgiens pendant les opérations. « Les postes n’ont pas été affichés [et] des groupes de discussion avec les employés seront organisés au cours des prochaines semaines afin de partager les différents points de vue et de trouver ensemble une proposition convenant à tous », a indiqué la porte-parole Valérie Lafleur.

Les infirmières des hôpitaux concernés par le projet ont été mises au courant mercredi dernier. Les postulants devaient avoir un diplôme d’études secondaires et suivre une formation de huit semaines. « Une insulte pour la profession », selon l’infirmier en chef adjoint de la chirurgie de nuit à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, Pierre-David Gagné.

« Pour nous qui avons étudié entre deux et six ans, qui avons fait une formation de six à neuf mois au bloc opératoire, nous faire dire qu’on allait embaucher des gens sans formation, ça a été une claque au visage », tranche l’infirmier qui cumule près d’une décennie d’expérience en chirurgie.

La description de tâches du poste, à laquelle La Presse a eu accès, inclut la préparation des instruments chirurgicaux, l’assistance au chirurgien et la gestion des médicaments et des solutions pendant l’opération.

La personne qui va aider le chirurgien à greffer un rein pourrait avoir un secondaire V. Pour nous, c’est inacceptable.

Pierre-David Gagné, infirmier en chef adjoint de la chirurgie de nuit à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont

Dès que l’annonce leur a été faite, ses collègues et lui ont vivement protesté. « C’était l’indignation générale », se souvient-il.

Une lettre de démission a été signée par 32 employés. « Je vous avise que mon dernier quart de travail dans votre bloc aura lieu la journée même où ces nouveaux assistants techniques feront eux leur premier quart de travail », peut-on y lire. Pour M. Gagné, ce n’était pas une désertion, mais la preuve de son engagement envers la qualité des soins, qu’il jugeait sérieusement menacée.

« Ce projet ne doit pas voir le jour »

Lorsque le président du FIQ SPS ESTIM, Denis Cloutier, a été informé de la situation, il a été sous le choc. « Habituellement, ce genre de projets, on nous le présente en avance. Là, ils nous ont pris par surprise », confie le représentant syndical.

Il a exigé une rencontre avec l’employeur dès le lendemain pour se faire confirmer ce qu’il redoutait. L’est de l’île de Montréal souffre d’une pénurie de personnel criante et il faut « s’ouvrir à de nouvelles façons de faire ». Mais pas à celle-là, juge M. Cloutier.

« C’est un projet qui ne devrait pas voir le jour. Il y a d’autres solutions », tranche-t-il.

Au cours de la dernière année, l’infirmier en chef adjoint Pierre-David Gagné a perdu près de la moitié de son équipe au bloc opératoire de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, notamment en raison du délestage et de l’ouverture de cliniques privées. Selon lui, la solution passe avant tout par la mise en place d’incitatifs pour attirer les jeunes infirmières sur son territoire. « Les étudiantes qui sortent de l’école ont le choix entre travailler au CHUM, un hôpital moderne, avec un métro dessous, ou à Maisonneuve-Rosemont, qui est réputé pour ses heures supplémentaires obligatoires. Qu’est-ce qu’elles vont choisir, vous pensez ? »

Le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal reconnaît aussi la crise de personnel dans ces établissements. « Au cours des derniers mois, la pénurie de main-d’œuvre, notamment d’infirmières et d’infirmières auxiliaires, a eu un impact important sur les activités du bloc opératoire. Nous sommes actuellement à la recherche de solutions qui permettront de réduire les délais d’attente pour nos patients et aussi de soulager notre personnel qui est trop souvent accaparé par une surcharge de tâches. »