Un syndicat d’infirmières de Montréal sera de retour mercredi devant la Cour d’appel du Québec pour obtenir la création de plus de postes permanents d’infirmières, d’infirmières auxiliaires et de préposés aux bénéficiaires au CHSLD Denis-Benjamin-Viger, à L’Île-Bizard, afin d’offrir suffisamment de soins.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Ce dossier est devant les tribunaux depuis 2016. Cette année-là, le Syndicat des professionnelles en soins de santé de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal avait déposé une plainte pour dénoncer le « fardeau de tâche » des infirmières et des infirmières auxiliaires du CHSLD Denis-Benjamin-Viger.

En juin 2017, une experte a rendu un rapport dans le cadre de la médiation entre le syndicat et le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal. L’experte parlait d’aînés sous-alimentés au CHSLD Denis-Benjamin-Viger parce que le personnel manquait de temps pour les nourrir. De résidants qui devaient déjeuner dans leurs culottes d’incontinence souillées parce que le personnel n’avait pas eu le temps de les changer. Des situations qui « frisent la maltraitance », peut-on lire dans le rapport.

« L’employeur a toujours refusé de créer les postes en nous disant que c’était une question d’argent. Pour nous, c’est une question de dignité », affirme la présidente du syndicat, Johanne Riendeau.

Long feuilleton judiciaire

En avril 2018, l’arbitre Richard Bertrand a ordonné au CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal de créer plus de postes permanents au CHSLD Denis-Benjamin-Viger. Le CIUSSS a toutefois demandé une révision de cette décision. « La saga judiciaire est partie. Il y a eu plusieurs procédures. L’employeur a demandé un sursis pour ne pas ouvrir ces postes le temps que les procédures se terminent », explique Mme Riendeau.

Ce sursis a été refusé en janvier 2019. Dans sa décision, la juge Chantal Masse a déclaré : « Comment les infirmières et infirmières auxiliaires peuvent-elles prétendre prendre soin […] de bénéficiaires qui, par exemple, ne sont pas nourris adéquatement ou végètent dans une culotte d’incontinence souillée, faute de préposés aux bénéficiaires en nombre suffisant ? »

Mais en avril 2019, un juge de la Cour supérieure s’est prononcé sur la demande de révision judiciaire du CIUSSS et a donné raison à l’établissement. Le syndicat a porté la cause en appel et c’est mercredi que les parties seront finalement entendues.

Pour Mme Riendeau, ce dossier doit se régler : « Le gouvernement fait toujours le surpris quand il entend parler du manque de soins en CHSLD. Mais nous, on le dénonce depuis 2016 ! »

Elle trouve « déplorable de constater que ça a pris une catastrophe comme la pandémie pour que le gouvernement se réveille sur le piètre état des soins donnés en CHSLD ».

Mme Riendeau reconnaît que des employés ont été ajoutés au CHSLD Denis-Benjamin-Viger depuis la pandémie. Mais le syndicat veut tout de même pousser les démarches judiciaires jusqu’au bout. « On veut que ce soit des postes permanents. Sinon, on craint que ce soit temporaire et qu’on enlève les postes une fois la crise passée », dit Mme Riendeau, qui déplore « devoir avoir recours aux tribunaux pour assurer la sécurité des patients ».

Le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal dit être « pleinement engagé envers le bien-être, la sécurité et la qualité des services de ses résidants ». « Précisons que depuis les débuts du processus judiciaire, le portrait des ressources humaines en CHSLD a grandement changé, de surcroît dans le contexte de la pandémie », indique la porte-parole Hélène Bergeron-Gamache. Le CIUSSS n’a toutefois pas voulu commenter plus en détail le dossier du CHSLD Denis-Benjamin-Viger, « le processus étant judiciarisé ».