En première ligne de la lutte contre le virus, le personnel hospitalier est particulièrement à risque de contracter le COVID-19. Même si aucun cas n’a été détecté au Québec, le DKarl Weiss, lui, commence à s’inquiéter lorsqu’il regarde diminuer les stocks de masques, visières et autres articles indispensables à la protection du personnel dans son propre hôpital.

Judith Lachapelle Judith Lachapelle
La Presse

« On commence à avoir des niveaux très bas d’équipements dans les hôpitaux », constate le médecin microbiologiste à l’Hôpital général juif de Montréal. « Et le Ministère n’est pas capable de nous dire s’il en a, s’il en aura, s’il pourra nous en fournir » en cas d’éclosion, dit le médecin.

Une semaine après la mort de Li Wenliang, premier médecin de Wuhan à avoir sonné l’alerte, les autorités chinoises ont confirmé vendredi que cinq autres membres du personnel soignant avaient succombé au coronavirus et que 1716 autres avaient reçu un diagnostic positif.

PHOTO ASSOCIATED PRESS

Dans un hôpital de Wuhan, une infirmière vérifie la médication d’un patient en isolement. 

La grande majorité (soit 1102) de ces contaminations en milieu hospitalier ont eu lieu à Wuhan, dans la province du Hubei, épicentre de l’épidémie de pneumonie virale. Selon les autorités, le personnel est particulièrement à risque en raison d’un afflux de patients dans les hôpitaux du Hubei et d’une pénurie de fournitures de protection (masques de type n95, visières, combinaisons intégrales).

À 11 000 km de là, dans son hôpital montréalais, le Dr Weiss dit ne pas avoir obtenu de réponses satisfaisantes du ministère de la Santé et des Services sociaux, qui s’occupe de l’approvisionnement en équipement des hôpitaux. « Quand on demande des masques [au centre d’approvisionnement du Ministère], on n’en reçoit pas », dit-il. 

On a pris des mesures dans les hôpitaux pour limiter l’utilisation des masques. Il y a une pénurie à l’échelle planétaire, mais on devrait être assurés d’avoir de l’équipement de protection personnelle au moment voulu.

Le DKarl Weiss

Le ministère de la Santé et des Services sociaux « n’accorde pas d’entrevue [au] sujet » des stocks d’équipement de protection individuelle (EPI), a précisé son service des communications. Dans un document transmis à La Presse, le Ministère affirme que, malgré les « problèmes d’approvisionnement de masques et autres équipements de protection, la situation est gérée au Québec ».

L’approvisionnement, précise le Ministère, « est effectué en mode allocation. Chaque établissement aura son allocation ». La situation est « sous contrôle », écrit le Ministère, et « est gérée en temps réel avec l’industrie pour approvisionner les établissements et régler les situations particulières ».

Mais aux yeux du Dr Weiss, ces affirmations ne sont pas suffisantes. « J’aimerais avoir l’assurance [qu’on dispose de l’équipement]. J’aimerais qu’on soit mieux préparés au moment où on aura des cas, ajoute-t-il. Ce n’est pas le travail des hôpitaux de faire une recherche de masques n95 en temps de pénurie. »

Les États-Unis élargissent les tests

En attendant, la Colombie-Britannique a annoncé vendredi un « probable » nouveau cas d’infection au coronavirus, ce qui porterait à cinq le nombre de cas dans la province. Ailleurs au pays, le nombre de cas est toujours de trois, tous en Ontario.

Au sud de la frontière, les États-Unis ont annoncé quant à eux vendredi qu’ils élargiraient les critères des mécanismes de détection du COVID-19. Ce ne sont plus seulement les personnes ayant séjourné en Chine qui seront testées pour le coronavirus, mais également toutes celles qui présentent les symptômes de la maladie, mais qui ont reçu un dépistage négatif pour la grippe, peu importe qu’elles soient allées en Chine ou non.

« Les Centres de contrôle et de prévention des maladies [CDC] ont commencé à travailler avec cinq laboratoires de santé publique aux États-Unis afin d’exploiter leur réseau de surveillance de la grippe, pour que nous puissions tester les gens ayant des symptômes semblables à ceux de la grippe et détecter le nouveau coronavirus », a expliqué en conférence de presse Nancy Messonnier, directrice des maladies respiratoires aux CDC.

Ces laboratoires se trouvent à Los Angeles, San Francisco, Seattle, Chicago et New York. « Ce n’est que le début, nous aurons plus de sites dans les prochaines semaines afin de créer une surveillance nationale », a dit Mme Messonnier. 

Elle a précisé que la grippe saisonnière et celle de type A (H1N1) touchaient énormément d’Américains en cette saison. « À ce stade de la saison, nous estimons qu’il y a eu 26 millions de malades de la grippe, 250 000 hospitalisations et 14 000 morts dues à la grippe, dont des enfants », a ajouté la responsable.

Une approche à adopter ?

Est-ce que le Québec pourrait, ou devrait, adopter la même approche et tester davantage de personnes pour le coronavirus ?

Le Dr Weiss en doute. « La capacité de tester n’est pas très grande dans le système, dit-il. Le Laboratoire de santé publique fait bien son travail, mais on n’est pas encore rendus à ce qu’on pourrait faire avec l’influenza, où les hôpitaux, dont le mien, pourraient tester de façon rapide ce virus-là. »

Le Dr Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec, est également perplexe devant l’ampleur de l’opération lancée aux États-Unis.

Il s’agit d’une quantité énorme de tests pour laquelle la probabilité de trouver des cas de coronavirus est extrêmement basse.

Le Dr Gaston De Serres

« Cela dit, la préoccupation qui existe un peu partout dans le monde, c’est la possibilité qu’un cas surgisse dans un pays, qu’il ne soit pas reconnu, que le virus se transmette et que le lien sur lequel on se base en ce moment pour tester ou non pour le coronavirus – soit le fait que la personne est allée en Chine dans la province du Hubei – n’existe plus. Il est possible que des cas passent sous le radar. »

Par contre, souligne-t-il, si la démarche des Américains permettait de trouver un cas de coronavirus qui serait autrement passé inaperçu, « ce serait tout un tremblement de terre, parce que ça voudrait dire qu’il y a de la transmission à l’intérieur du pays ».

— Avec l’Agence France-Presse