(Washington) L’administration Trump n’a pas commenté la décision du gouvernement canadien d’empêcher les exportations aux États-Unis de certains médicaments sur ordonnance – signe, selon un expert, que le projet de la Maison-Blanche est « mort et enterré ».

James McCarten
La Presse Canadienne

Lancé pour la première fois par Donald Trump il y a un an pour réduire les coûts faramineux des médicaments aux États-Unis, le projet est officiellement entré en vigueur lundi ; le président avait signé le décret en septembre – avant l’élection présidentielle. Mais samedi dernier, la ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu, a paré le coup en interdisant l’exportation en vrac de médicaments si ces ventes devaient provoquer ou aggraver un problème d’approvisionnement au pays.

La Maison-Blanche a renvoyé les questions à ce sujet au département américain de la Santé et des Services sociaux, qui n’a pas répondu lundi aux demandes de commentaires de La Presse Canadienne.

Ce plan était « un acte désespéré de la part de gens désespérés à un moment désespéré », a résumé le docteur Allen Zagoren, professeur en administration des politiques publiques à l’Université Drake, en Iowa.

« Le Canada est un petit marché qui représente 2 % des ventes de (médicaments) dans le monde et qui se procure 68 % de ses (médicaments) à l’étranger, précisait Ottawa dans un communiqué annonçant l’arrêté ministériel. La vigilance reste de mise pour maintenir l’approvisionnement en (médicaments) au pays. »

Le marché américain, en revanche, représente 44 % des ventes de produits pharmaceutiques dans le monde. Acheter des médicaments au Canada « n’a jamais été réaliste, jamais », estime le professeur Zagoren.

« Même si le Canada acceptait, ça ne marcherait pas : le Canada n’a pas assez de médicaments », dit-il. « Mais cela a permis (à la Maison-Blanche) de faire une promesse (pendant la campagne). Et ensuite, ils peuvent dire : c’est la faute du Canada. »

Mesure « ciblée et adaptée »

Selon Kirsten Hillman, ambassadrice du Canada à Washington, les deux pays discutaient de la question des importations de médicaments depuis plus d’un an. Lors de ces réunions, le Canada a clairement indiqué qu’étant donné la taille relativement petite de son marché, les exportations en vrac n’auraient tout simplement pas l’effet escompté.

« Nous leur avons toujours dit : premièrement, nous sympathisons avec vos préoccupations ; deuxièmement, l’achat de médicaments en vrac au Canada n’est pas la solution ; et troisièmement, par-dessus tout, nous protégerons toujours l’approvisionnement des Canadiens », a déclaré Mme Hillman.

La décision du Canada ne constitue pas une interdiction générale d’exportation, mais une mesure « ciblée et adaptée », qui s’applique uniquement aux médicaments destinés à la consommation intérieure qui sont déjà en pénurie ou qui risquent de se raréfier, a-t-elle précisé.

Le professeur Zagoren, qui a qualifié la proposition Trump de « morte et enterrée », estime que son échec pourrait s’avérer utile pour les efforts du président désigné, Joe Biden, afin de lutter contre le coût des médicaments une fois qu’il prendra le pouvoir en janvier.

M. Biden a promis de réduire les coûts des médicaments, y compris par le biais des importations, et de donner au programme fédéral d’assurance maladie Medicare le pouvoir de négocier les prix – un plan qui a la bénédiction des démocrates au Congrès.

Le fait que la solution proposée par M. Trump ait échoué pourrait fournir à M. Biden un levier utile dans les discussions avec la toute puissante industrie pharmaceutique, qui a déployé des efforts gigantesques de lobbyisme pour empêcher toute réforme des prix.

« Je pense que ça donne un coup de pouce à l’administration Biden, ça prépare le terrain, croit le professeur Zagoren. L’argument canadien signale à l’administration Biden : “Ne venez pas ici pour ça.” »

« Mais Biden étant l’internationaliste qu’il est, et un très bon ami du Canada, cela ne se produira pas de toute façon dans son administration. »

Le président désigné a également promis d’étendre la couverture de l’assurance maladie, qui n’est pas universelle aux États-Unis, afin d’inclure plus d’Américains, une initiative qui pourrait aussi élargir le marché intérieur des médicaments.