(Québec) Un premier centre de consommation supervisée doit ouvrir ses portes en février au centre-ville de Québec, dans un contexte où le nombre de surdoses connaît une hausse marquée au pays depuis le début de la pandémie.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

Le centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale cherchait un partenaire et un lieu depuis des années. Il pense cette fois-ci avoir trouvé les deux.

La coopérative de solidarité SABSA va gérer le nouveau centre, qui ouvrira dans ses locaux actuels du 60, rue Saint-Vallier Est, dans le quartier Saint-Roch. La clinique SABSA et ses bureaux vont quant à eux déménager rue de la Couronne, dans un nouveau local.

« Ce n’est pas un centre où se fait de la vente de stupéfiants, c’est important de le rappeler », a précisé d’emblée Amélie Bédard, directrice générale de la clinique SABSA, lors d’une conférence de presse mercredi.

« Les gens apportent leurs propres substances. Nous, on fournit l’espace sécuritaire, sanitaire, le personnel, précise-t-elle. Sur place, il y aura une infirmière, des intervenants communautaires… On fournit le matériel d’injection et de consommation stérile. »

Rencontre avec le voisinage

C’est au moins le troisième lieu envisagé pour un centre de consommation supervisée à Québec (à noter qu’on ne parle plus de « site d’injection supervisée », car les usagers pourront consommer des substances par d’autres moyens que l’injection).

Un projet sous les bretelles de l’autoroute Dufferin-Montmorency, toujours dans Saint-Roch, avait essuyé des critiques du voisinage. Les propriétaires du plus ancien restaurant chinois de la capitale, le Wok’n Roll, disaient craindre de perdre des clients. Ce lieu avait été abandonné.

Cette fois-ci, le CIUSSS et SABSA ont bon espoir d’avoir trouvé le bon endroit. Une rencontre « d’échanges et d’information » avec les citoyens aura lieu le 3 décembre. Puis une assemblée se tiendra avec le voisinage immédiat.

Le but est d’ouvrir le centre en février prochain. « On pense que l’échéancier est réaliste. On pense que beaucoup de chemin a été fait au niveau de l’acceptabilité sociale au sein de la ville. C’est sûr qu’il fallait faire le choix de l’emplacement pour aller de l’avant », croit Amélie Bédard.

« Pour moi, là, c’est l’endroit parfait, c’est le bon endroit », a dit Sébastien Lévesque, représentant de l’Association pour la défense des droits et l’inclusion des personnes qui consomment des drogues du Québec (ADDICQ).

Hausse des surdoses

M. Lévesque, qui était présent à la conférence de presse à l’invitation des organisateurs, juge que la situation « est urgente ». « Ça fait quasiment 20 ans qu’on en parle », note-t-il.

Lui-même vit dans un appartement en colocation. Il ne peut s’injecter de substances devant son colocataire. Alors il le fait à l’extérieur, souvent dans des parcs. Ces lieux ne sont pas idéaux, et les utilisateurs sont souvent seuls lorsque survient un problème.

« J’ai un ami qui s’est fait couper un bras parce qu’il s’est injecté incorrectement. Ça coûte très cher au système de santé, ça », dit-il.

Le nombre de surdoses au pays a d’ailleurs augmenté depuis le début de la pandémie. En Colombie-Britannique, où les opioïdes font le plus de victimes au pays, 1068 utilisateurs sont morts des suites d’une surdose dans les huit premiers mois de 2020. Il y avait eu 983 surdoses mortelles dans toute l’année 2019.

Au Québec, les chiffres sont aussi en hausse, même s’ils sont beaucoup moins élevés. Il y a eu 83 surdoses mortelles au Québec lors des mois d’avril, mai et juin 2019, contre 148 pour les trois mêmes mois en 2020, selon des données provisoires de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

À Québec même, les autorités de santé publique n’ont pas constaté une augmentation des surdoses mortelles. Mais le nombre de surdoses non mortelles a quant à lui grimpé de façon significative.

« Des substances contaminées et de moins bonne qualité »

Pourquoi la pandémie a-t-elle engendré davantage de surdoses ? L’une des hypothèses veut que la fermeture des frontières ait complètement chamboulé l’approvisionnement et, du même coup, la composition des drogues de rue, explique Anne-Frédérique Lambert-Slythe, médecin-conseil à la Direction de santé publique du CIUSSS de la Capitale-Nationale.

« Il y a des substances contaminées, des substances de moins bonne qualité, note-t-elle. Dans la rue, les gens ne trouvent plus les substances qu’ils veulent consommer. Les gens consomment des substances auxquelles ils sont moins habitués, et il y a risque de surdose. »

Sébastien Lévesque l’a lui aussi constaté. « J’ai remarqué que les substances étaient de moins bonne qualité. Souvent, on n’a pas la bonne drogue. On va acheter du speed sur la rue pis on se retrouve avec du fentanyl. Ça, c’est très, très dangereux », dit-il.

Pour les promoteurs du projet, c’est la preuve qu’il faut vite offrir un lieu sécuritaire pour les utilisateurs de drogue.

Le centre de consommation supervisée aimerait d’ailleurs se munir de l’équipement nécessaire pour tester les drogues des utilisateurs qui le demandent.

« On regarde différentes technologies en ce moment. On souhaite pouvoir faire l’analyse des substances, parce qu’on est au courant que le marché des substances est contaminé et qu’il y a plein d’effets non désirables », explique Amélie Bédard, directrice générale de la clinique SABSA.