Taxer les boissons sucrées pour renflouer les coffres de l’État fragilisés par la pandémie, voilà ce que propose une coalition d’organismes de santé à l’aube de la mise à jour économique du gouvernement Legault. Une taxe de 20 % sur le prix affiché des boissons qui contiennent du sucre ajouté est une solution « rapide et indispensable » à la relance économique, croient-ils.

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

La Coalition québécoise sur la problématique du poids, la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC du Canada et la Société canadienne du cancer ont interpellé, mardi, le ministre des Finances, Eric Girard, lors d’une conférence virtuelle durant laquelle plusieurs experts ont pris la parole.

« La crise actuelle nous rappelle la précieuse valeur de la santé », a souligné Corinne Voyer, directrice de la Coalition québécoise sur la problématique du poids, lors d’un point de presse en ligne. « Une taxe de 20 cents le litre [prix moyen de 1 $, selon la coalition] permettrait de générer des revenus de plus de 100 millions de dollars annuellement. La taxe pourrait servir de véritable levier de résilience en réinvestissant les sommes en prévention comme dans l’accès aux aliments sains dans les milieux plus défavorisés », a-t-elle ajouté.

Cette dernière souligne que deux Québécois sur trois sont favorables à une telle taxe.

Qu’est-ce qu’une boisson sucrée ?

Aux fins de l’exercice de taxation, la définition d’une boisson sucrée est celle de l’Institut national de santé publique du Québec, soit de l’eau avec sucre ajouté et du colorant. Les boissons gazeuses en sont un exemple.

« C’est la première source de sucre ajouté dans la population, et il faut savoir que les gens qui consomment plus qu’une cannette par jour de boisson sucrée augmentent leurs risques d’obésité de 60 % », a expliqué le DMartin Juneau, cardiologue, directeur de la prévention à l’Institut de cardiologie de Montréal et directeur scientifique de Capsana.

« Pour ce qui est du diabète, une étude sur 90 000 femmes suivies sur des dizaines d’années a montré qu’une à deux consommations [par jour] augmentaient les risques de diabète de deux fois », a-t-il ajouté.

France, Angleterre, Finlande : plusieurs territoires ont déjà des taxes sur les boissons sucrées. Les études ont tendance à montrer un effet de baisse de 1 pour 1. Ainsi, un taux de taxation de 20 % ferait diminuer la consommation de 20 %.

Sauver jusqu’à 13 000 vies au Canada

Directeur des relations gouvernementales, Québec, à la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC, Kevin Bilodeau a également cité des études scientifiques pour appuyer son propos.

« Les résultats des projections et modélisations sont sidérants. La consommation de boissons sucrées sur un espace de 25 ans pourrait faucher la vie à 63 000 Canadiens. C’est environ l’équivalent de la ville de Granby qui serait décimée », dit-il.

En revanche, la mise en place d’une taxe pourrait sauver jusqu’à 13 000 vies au Canada, prévenir 600 000 cas d’obésité et 200 000 cas de diabète de type 2.

« Je ne sais pas pour vous, mais il me semble que c’est gagnant, particulièrement dans un contexte où la pandémie démontre la fragilité de notre système de santé, la fragilité d’une certaine population et même de nos finances publiques. »