(Québec) Les partis d’opposition s’étonnent que le PDG du CISSS de Lanaudière, Daniel Castonguay, affirme qu’il n’avait pas été informé des nombreuses allégations de racisme à l’hôpital de Joliette, dont il est le responsable, alors que la situation avait été dénoncée par de nombreux Atikamekw lors des audiences de la commission Viens. Le Parti québécois (PQ) presse le gouvernement Legault de faire de l’enjeu dans cette région une question d’« urgence nationale ».

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Dans une entrevue à La Presse publiée mercredi, M. Castonguay a affirmé que les témoignages visant l’hôpital de Joliette entendu à la commission Viens, dont le rapport a été publié en septembre 2019, « étaient inscrits dans 500 et quelques pages » et qu’« eux, on ne les avait pas vus ». Dans cette même entrevue, le PDG du CISSS a également affirmé que celle qui représentait l’organisation à la commission, Maryse Olivier, ne l’avait pas informé ce qui s’était dit. Cette dernière a répliqué jeudi dans La Presse que cette affirmation du PDG était fausse et l’a sommé de se rétracter.

À savoir qui est responsable d’avoir ignoré les témoignages entendus à la commission Viens concernant l’hôpital, où est morte près d’un an plus tard sous une pluie d’insultes racistes Joyce Echaquan, une femme atikamekw de 37 ans, la députée de Joliette, Véronique Hivon, a répondu qu’il faut avant tout sentir qu’il y a désormais « urgence d’agir ».

« Comment ça se fait, avant de parler de Joliette comme tel, que, dans le rapport Viens, ce soit écrit noir sur blanc que les Autochtones ne se sentent pas en sécurité d’aller dans les hôpitaux au Québec et qu’on n’a rien fait par rapport à ça pendant un an, qu’on ne s’est pas dit tout de suite, ça, c’est une urgence nationale, la question de la sécurisation culturelle des nations autochtones ? », a questionné la députée péquiste.

« Comment ça se fait que, quand c’est écrit noir sur blanc dans le rapport Viens, puis ça ne parle pas d’une nation, ça ne parle pas d’une région, c’est généralisé, comment ça se fait que le gouvernement n’a pas bougé sur un constat aussi clair et aussi lourd de conséquences ? », a-t-elle poursuivi.

Le 7 octobre dernier, le PQ a déposé une motion, adoptée par l’Assemblée nationale, pour que le « principe de sécurisation culturelle » soit enchâssé dans la Loi sur les services de santé et services sociaux. « La sécurisation culturelle, c’est un message fort, un geste très fort qu’on peut poser, au lendemain des excuses qui ont été prononcées, pour montrer que, oui, on est en action […] et qu’il va y avoir, donc, de réelles, réelles conséquences très concrètes au décès de Joyce Echaquan », avait alors expliqué Mme Hivon.

« Ce que je souhaite profondément, a-t-elle complété jeudi, c’est que Joliette devienne l’étalon pour la sécurisation culturelle, je pense que c’est la moindre des choses, et ça doit être un engagement extrêmement fort et concret des autorités du CISSS et du ministre de la Santé et du ministre des Affaires autochtones. »

La cheffe du Parti libéral, Dominique Anglade, se serait pour sa part attendu à ce que le PDG du CISSS de Lanaudière lise le rapport Viens, plus d’un après son dépôt.

« Lire le rapport, c’est le minimum. Pas juste lire le rapport, quels sont les actions qui seront posées par le CISSS ? C’est à lui d’agir. Il a les outils entre les mains pour agir », a-t-elle affirmé.

« Je pense que le gouvernement a échoué dans sa responsabilité de s’assurer que tous les services publics au Québec prennent bonne note de ce qu’il y avait dans le rapport Viens. [C’est] un rapport important, qu’il n’y ait pas eu un leadership pour dire aux gens qui contrôlent nos services publics [de le lire], ça me dépasse », a dénoncé à son tour le leader parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois.

La commission Viens, du nom complet Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec, a remis son rapport le 30 septembre 2019.