Fini le temps où les personnes aux prises avec l’obésité recevaient comme principal traitement la recommandation suivante : « bougez plus et mangez mieux ». De nouvelles lignes directrices publiées mardi visent à modifier le traitement réservé aux personnes obèses au pays et à éliminer les préjugés dont elles sont victimes. L’objectif ultime : que l’obésité soit reconnue comme une maladie en bonne et due forme.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

La gestion de l’obésité devrait viser « une amélioration de l’état de santé et du bien-être, et non seulement la perte de poids », peut-on lire dans les lignes directrices, publiées mardi dans le Journal de l’Association médicale canadienne. Ces lignes directrices ont été rédigées par plus d’une cinquantaine de médecins et de professionnels spécialisés dans le traitement de l’obésité au pays. Elles doivent servir de guide de référence pour les professionnels de la santé.

« L’obésité, c’est une maladie », affirme Line Geddes. Aujourd’hui âgée de 62 ans, elle a lutté contre l’obésité pendant 30 ans. « J’ai essayé tous les régimes. Ça ne fonctionnait pas », dit Mme Geddes.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE LINE GEDDES

Line Geddes

Des préjugés, Mme Geddes dit en avoir rencontré plusieurs au fil des ans. « Chaque fois que j’allais voir un médecin, même s’il ne me connaissait pas, il me disait de maigrir. C’est dans la façon dont on nous regarde aussi… Les gens se font une image. Beaucoup ont l’impression que c’est de notre faute », raconte-t-elle en ajoutant que les jugements provenaient de tout le monde, et pas seulement des acteurs du réseau de la santé.

Changer les mentalités

Les lignes directrices du traitement de l’obésité n’avaient pas été actualisées depuis 2006 au Canada. Selon le DLaurent Biertho, chirurgien général et professeur au département de chirurgie de l’Université Laval, les nouvelles directives découlent d’un travail colossal d’analyse de toutes les données probantes sur l’obésité.

Membre du conseil d’administration d’Obésité Canada, le DAndré Tchernof explique que les nouvelles lignes directrices visent entre autres à promouvoir « une approche moins axée sur des objectifs de poids et un changement drastique des habitudes de vie et alimentaires ».

On vise plutôt une approche de discussion pour s’adapter plus au quotidien du patient et obtenir des résultats qu’il souhaite plutôt que nous.

Le DAndré Tchernof, membre du conseil d’administration d’Obésité Canada

Les lignes directrices invitent à aller « au-delà des approches simplistes qui consistent à leur conseiller de manger moins et de bouger plus » pour « s’attaquer aux racines profondes de l’obésité ». L’approche multidisciplinaire, dans le cadre de laquelle les médecins sont appelés à travailler avec des nutritionnistes, des psychologues et d’autres professionnels, est privilégiée.

Reconnaître la maladie

Selon le DTchernof, le Canada est en retard, car le pays, tout comme le Québec, ne reconnaît pas encore l’obésité comme une maladie. « Or, c’est une maladie », dit-il. Les lignes directrices militent d’ailleurs pour que le milieu de la santé « déculpabilise les patients ».

L’obésité, ce n’est pas juste un problème de mauvaises habitudes de vie. Il y a plusieurs facteurs impliqués, dont la génétique.

Le DAndré Tchernof, membre du conseil d’administration d’Obésité Canada

Le DBiertho explique que parmi les préjugés les plus tenaces, beaucoup croient que les personnes obèses n’ont qu’à manger moins pour maigrir. « Mais l’organisme met en place des mécanismes pour défendre le poids corporel et revenir au poids de départ », explique-t-il. Mme Geddes témoigne d’ailleurs qu’il est « décourageant de tout essayer, et que ça ne fonctionne pas ». « Même quand on se prend en main, il y a des choses dont on n’est pas capables. Oui, l’obésité est une maladie, et il faut que les gens soient traités en conséquence », dit-elle.

Les Drs Tchernof et Biertho espèrent que les nouvelles lignes directrices inciteront les professionnels à se remettre en question dans leur approche du traitement de l’obésité. « Il faut accepter que c’est une maladie comme une autre. Pas une maladie auto-infligée », dit le DTchernof.

Il y a cinq ans, Mme Geddes a subi une opération bariatrique. « J’ai perdu pas moins de 100 livres. Je continue de faire de l’exercice. Avec le poids en moins, je suis beaucoup plus à l’aise pour marcher. Je vois tout ce que je ne pouvais pas faire avant », dit-elle.

L’obésité touche le quart de la population canadienne. Depuis 1985, la prévalence de l’obésité a triplé au Canada. Aux yeux du DTchernof, plusieurs problèmes doivent entre autres être réglés au pays, comme l’accès aux aliments sains, aux nutritionnistes et à la chirurgie bariatrique. Il espère que les nouvelles lignes directrices permettront à l’obésité d’être reconnue comme une maladie et d’améliorer le traitement des patients qui en sont atteints.