(Ottawa) Pendant des années, les personnes vivant ou travaillant dans des résidences pour personnes âgées ou de soins de longue durée ont souffert, alors que des employés surchargés tentaient de maintenir la sécurité et la dignité des Canadiens âgés.

Laura Osman
La Presse canadienne

La situation était cachée derrière des portes closes, a affirmé Carole Estabrooks, professeure à la faculté des sciences infirmières de l’Université d’Alberta. Les citoyens découvraient l’état du système seulement quand ils emménageaient ou envoyaient un proche vivre dans un de ces établissements.

Les effets meurtriers de la pandémie de la COVID-19 ont toutefois révélé les enjeux dans ces résidences.

« Et maintenant, le public est horrifié et les gens sont prêts à écouter, a noté Mme Estabrooks. Mais mon Dieu, à quel coût ? »

Un octogénaire résidant au Lynn Valley Care Centre à North Vancouver a été la première victime de la COVID-19 au Canada, tôt en mars. Le virus a ensuite frappé dans plusieurs résidences à travers le pays.

Plus de 80 % des quelque 4500 décès liés à la COVID-19 au Canada sont survenus dans des établissements de soins de longue durée.

« J’appelle ça de la négligence bénigne », a dit Mme Estabrooks, directrice scientifique du programme de recherche sur les soins pour les personnes âgées à l’Université d’Alberta.

« Personne n’établit un plan dans l’intention de faire mal à l’état des personnes âgées. »

C’est malheureusement ce qui s’est produit, a-t-elle admis. Et alors que les responsables et politiciens ont promis de régler les problèmes, les solutions demeurent incertaines.

Si les données suggèrent que les résidences de soins longue durée ont été particulièrement touchées par la COVID-19 partout à travers le monde, celles du Canada ont peut-être été plus affectées qu’ailleurs.

Les données internationales sont difficiles à comparer, mais une analyse des universités d’Ottawa et de la Colombie-Britannique, ainsi que de la London School of Economics a décerné l’honneur peu enviable au Canada de pays avec la plus grande proportion de décès liés à la COVID-19 dans des résidences de soins parmi les 14 pays étudiés, en date du 26 avril.

Mme Estabrooks admet qu’il faut changer le système de manière fondamentale, mais elle a ajouté qu’il s’agit d’une tâche extrêmement complexe. Les soins de longue durée se retrouvent sous juridiction provinciale et leur fonctionnement varie donc d’une province à l’autre.

On retrouve toutefois certains dénominateurs communs, a-t-elle noté, dont les faibles salaires, les nombreux employés à temps partiel et le manque de personnel.

Les travailleurs de soutien constituent la majorité des employés dans ces résidences. Ils sont toutefois très peu régulés. Il n’y a pas de normes pour leur niveau d’éducation, n’ont pas besoin de permis quelconque et les prérequis varient d’une province à l’autre.

Le premier ministre Justin Trudeau a récemment dévoilé un plan de quatre milliards de dollars pour augmenter les salaires des travailleurs de première ligne, dont les employés des résidences de soins de longue durée.

Cependant, le Canada ne peut se permettre d’offrir à nouveau le salaire minimum aux employés une fois la crise terminée, a dit Hassan Yussuff, président du Congrès du travail du Canada.

L’organisation a publié 21 recommandations pour améliorer le système de soins de longue durée après la crise, incluant une hausse des salaires et la législation du ratio entre les employés à temps plein et à temps partiel. Elle recommande aussi de mettre fin à la privatisation des soins de longue durée et qu’ils soient réglementés selon la Loi canadienne sur la santé.

Le Congrès du travail du Canada affirme que les résidences privées ont comme intérêt la maximisation de leurs profits, souvent au détriment des conditions de leurs employés.

Le NPD a déjà donné son appui au projet.

Certaines recherches suggèrent que les résidences privées offrent des soins de moins bonnes qualités, selon Elizabeth Kwan, chercheuse au Congrès du travail du Canada.

Selon des données comptabilisées par l’Ontario Health Coalition entre le 28 avril et le 5 mai, la proportion de décès par rapport au nombre de lits dans les résidences à but lucratif de la province touchées par la COVID-19 était de 9 %. Cette proportion chutait à 5,25 % dans les résidences à but non lucratif et à 3,6 % dans les résidences municipales. L’analyse a été effectuée en observant les données d’environ 95 résidences en Ontario, alors que près de 200 résidences étaient touchées pendant cette période.

Le docteur Samir Sinha et le National Institute on Ageing ont indiqué qu’il était peut-être trop tôt pour déterminer si les établissements privés ou publics s’en étaient mieux sortis. Les données seront révisées une fois la crise terminée.

La ministre de la Santé, Patty Hajdu, a affirmé le 23 avril qu’elle souhaiterait connaître les résultats des révisions afin que le Canada effectue les ajustements nécessaires pour permettre à ses personnes âgées de vivre dans la sécurité et la dignité.

« La population et le gouvernement veulent que la situation soit réglée une fois pour toutes, pour le bien-être des personnes âgées de tout le pays et pour leur famille », a-t-elle dit.