(Québec) François Legault estime qu’un avortement tardif n’est « pas idéal, mais c’est le choix de la femme ». C’est surtout « un service qui doit être offert » au Québec, a-t-il dit, alors que son gouvernement travaille sur la mise en place d’une « équipe additionnelle » pour le faire.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

La Presse dévoilait mercredi les conclusions d’un rapport confidentiel commandé par le Collège des médecins (CMQ) sur le climat dans lequel les avortements de troisième trimestre sont pratiqués au Québec. Ce document du Groupe de travail en éthique clinique du CMQ dénote que des médecins qui font des avortements tardifs sont « stigmatisés [et] intimidés » et que des femmes sont parfois « contraintes de poursuivre [leur] grossesse », faute d’accès.

Déjà en mai dernier, La Presse révélait également que Québec souhaitait rapatrier dans la province les quelques Québécoises – un peu plus d’une dizaine de femmes par année – qui vont aux États-Unis pour subir une interruption de grossesse tardive (au-delà de 24 semaines), faute d’avoir trouvé un établissement de santé au Québec pouvant le faire.  

La ministre de la Santé, Danielle McCann, a réitéré mercredi que son ministère « travaille avec les établissements [de santé] pour augmenter le service ». Elle a également rappelé que « le droit à l’avortement est un principe acquis au Québec. »

« On envisage [de former] une équipe additionnelle pour faire des avortements tardifs. C’est là-dessus qu’on travaille et on veut arriver à bon port pour que les Québécoises aient ce service au Québec », a-t-elle dit en mêlée de presse.

« C’est quelque chose qui doit être fait dans les règles de l’art. Il faut que les médecins soient confortables et qu’il y ait des équipes formées. On travaille là-dessus », a affirmé Mme McCann, sans donner d’échéancier pour arriver à des résultats.  

« Le statu quo n’est pas possible »

La ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, a pour sa part affirmé mercredi que « le statu quo n’est pas possible » et qu’il faut « trouver des solutions » pour améliorer l’accessibilité à l’avortement tardif.  

« Il faut que les femmes aient accès à ce service, peu importe la raison, a-t-elle ajouté.  Toutes les raisons leur appartiennent, et on n’a pas à remettre ça en question. Notre rôle, c’est de donner accès » à l’avortement.  

Le député libéral et ex-ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a pour sa part affirmé qu’il ne fallait surtout pas utiliser la délicate question des avortements tardifs « pour remettre en cause l’avortement en soi. Et ceux qui en parlent souvent, a-t-il ajouté, c’est ça leur démarche. »

« Ma position, je l’ai exprimé à répétition et ce n’est pas aujourd’hui qu’elle va changer, [c’est que] la femme a le contrôle de son corps. Point à la ligne », a-t-il dit.  

Serait-il opportun de créer une clinique spécialisée en avortements tardifs, question d’assurer un endroit accessible où obtenir le service ?

« C’est une excellente idée qui a aussi ses travers. […] Si vous avez une clinique, vous venez de mettre un point sur une carte géographique où vont se diriger tous les manifestants pour pointer du doigt non pas les médecins, mais les femmes. Vous venez de mettre mal à l’aise les femmes qui peut-être n’iront pas pour cette raison », a dit M. Barrette.

-Avec Fanny Lévesque et Tommy Chouinard