(Montréal) Une équipe dirigée par une chercheure de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) a récemment reçu un financement de 700 000 $ des Instituts de recherche en santé du Canada pour étudier pendant cinq ans la toxoplasmose congénitale.

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne

L’équipe de la professeure Maritza Jaramillo regroupe des chercheurs du CHU Sainte-Justine, de l’Université de Montréal, de l’Université de Sherbrooke, de l’INRS et de l’Institut Karolinska, en Suède.

La toxoplasmose congénitale — quand le parasite Toxoplasma gondii traverse la barrière placentaire pour infecter le fœtus — peut entraîner des problèmes sérieux, comme un avortement spontané, une naissance prématurée et des malformations congénitales graves.

Le parasite infecte quelque 350 espèces, dont l’homme, ce qui fait de cette infection l’une des plus prévalentes de la planète. Il se transmet souvent par l’ingestion d’aliments contaminés, notamment de la viande crue, des légumes ou de l’eau. Il infecte aussi fréquemment les humains par le biais d’excréments de chat ou d’une litière contaminés.

« On estime que 90 % des femmes enceintes sont à risque de contracter l’infection », a dit la professeure Jaramillo.

Ses collègues et elle tenteront de comprendre comment cette infection se produit et comment on pourrait la bloquer. Ils sont notamment les seuls au Canada à s’intéresser à la manière dont le parasite interfère avec le métabolisme de l’ARN et la synthèse des protéines de son hôte au moment de l’infection.

Les conséquences de l’infection varieront selon le stade de la grossesse. Si elle survient avant la conception, elle pourra provoquer un avortement spontané. Si elle se produit un peu plus tard, quand le fœtus est plus robuste, elle pourra être à l’origine de malformations graves, comme la cécité, l’hydrocéphalie ou un retard mental.

« Et parfois pendant la grossesse on ne peut pas savoir si le fœtus est infecté, a-t-elle ajouté. Ça va sortir seulement quand le fœtus devient un enfant, ou un peu plus tard. »

La collaboration avec le CHU Sainte-Justine et l’Université de Montréal permettra notamment à la chercheure d’avoir accès à des cellules placentaires saines (appelées trophoblastes) qui seront infectées, en laboratoire, avec le parasite afin d’étudier comment cela se produit ; à des échantillons placentaires de femmes déjà infectées ; et à des tissus placentaires sains.

On estime que le tiers des humains sont porteurs du parasite, souvent sans le savoir. La prévalence peut toutefois atteindre 80 % dans certaines régions d’Europe. Dans le Grand Nord canadien, surtout parmi les populations des Premières nations, la prévalence de l’infection atteint 60 %, en particulier à cause de la consommation de chaire crue infectée.