L’Hôpital Sainte-Croix à Drummondville a demandé l’intervention de policiers pour forcer un employé à rentrer au travail, la fin de semaine dernière.

Émilie Bilodeau Émilie Bilodeau
La Presse

« C’est inacceptable, intolérable », a décrié Danielle McCann, ministre de la Santé et des Services sociaux, ce matin.

Vendredi soir dernier, Mathieu Roy ne se sentait pas assez bien pour exercer ses fonctions d’aide de service. Il a toutefois omis d’aviser son supérieur qu’il ne se présenterait pas pour son quart de nuit. Vers 2 h 40, deux policières ont cogné à sa porte.

« Une des policières a dit à Mathieu que la Sûreté du Québec avait reçu un appel de l’hôpital, qu’il était censé entrer travailler et que [ses patrons] avaient besoin de lui à l’hôpital, au travail », explique Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique des services auxiliaires et de métiers pour le CIUSSS Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (MCQ).

Devant les policières, le jeune homme de 22 ans a dû appeler sa supérieure. « C’est la première fois qu’on voit ça. C’est assurément la première fois qu’on voit un service de police intervenir de la sorte », affirme M. Bastarache.

La direction du CIUSS MCQ parle d’une « erreur » et affirme que ce n’est pas dans les pratiques de l’organisation d’envoyer les policiers chez un employé absent. En temps normal, les employés qui ne rentrent pas au travail sont remplacés par une personne sur la liste de rappel.

Si l’employé absent n’a pas prévenu son supérieur, un suivi peut être effectué. Si la situation se présente à plusieurs reprises, une note peut aussi être inscrite à son dossier. Mais jamais les policiers ne sont envoyés chez un employé absent, affirme Julie Michaud, agente d’information du CIUSS.

« C’est inacceptable d’envoyer un corps policier réveiller quelqu’un qui ne s’est pas présenté au travail », dit-elle.

Un courriel a été envoyé à tous les gestionnaires de l’hôpital pour leur rappeler la marche à suivre en cas d’absentéisme. La responsable qui a exigé que des policiers soient envoyés chez Mathieu Roy a été personnellement avisée des mesures à prendre si une telle situation se représente. Le directeur de l’hôpital la rencontrera dans les prochains jours et des sanctions pourraient être appliquées.

Le syndicat qui représente Mathieu Roy demande d’ailleurs que des « mesures, à la hauteur du geste posé, soient prises ». « On s’entend qu’un simple avertissement pour avoir envoyé la police en pleine nuit chez l’un de nos membres, ça mérite plus qu’un simple avertissement », affirme M. Bastarache.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

L’Hôpital Sainte-Croix de Drummondville

L’employé Mathieu Roy est maintenant en arrêt de travail en raison du stress que la visite des policiers lui a occasionné. L’hôpital a fait parvenir un message à l’employé et à son syndicat pour leur présenter leurs excuses.

« Grave erreur »

Danielle McCann, ministre de la Santé et des Services sociaux, a elle aussi parlé d’une « grave erreur » en point de presse, mercredi matin.

Le sous-ministre a contacté le directeur général de l’établissement de santé pour lui souligner que l’intervention des policiers pour forcer un employé à se présenter au travail était indéfendable.

« C’est inacceptable, intolérable. Jamais on ne va accepter que quelque chose comme ça se passe dans notre réseau. On doit traiter nos employés avec le plus grand respect », a dit Mme McCann.

La Sûreté du Québec (SQ) confirme qu’elle s’est présentée chez un employé à la demande de l’hôpital dans la nuit de vendredi à samedi. 

« Oui, les policiers ont fait une intervention, ils ont parlé à l’employé », raconte Aurélie Guindon, porte-parole à la SQ.

La SQ affirme qu’il arrive à l’occasion que des employeurs contactent les policiers pour qu’ils se rendent chez des employés absents pour lesquels ont craint pour leur santé et leur sécurité. Mais dans le cas de Mathieu Roy, la direction de l’hôpital n’a jamais mentionné qu’elle craignait pour la sécurité de son employé, confirme le CIUSS.