Vingt patients en attente d’une opération non urgente ont vu leur intervention annulée la semaine dernière au Centre hospitalier de Lanaudière (CHDL) à Joliette parce qu’il manquait d’infirmières pour pouvoir les hospitaliser par la suite.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Du jamais-vu pour le Dr Michel Dunberry, chirurgien général et chef du département de chirurgie du Centre hospitalier de Lanaudière, qui pratique depuis 1988. « C’est la première fois de ma vie que je dois faire ça pour cette raison précise », dit-il.

Le PDG du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Lanaudière, Daniel Castonguay, explique que c’est un manque de personnel de nuit à l’étage offrant les soins postopératoires qui a obligé l’établissement à reporter les interventions non urgentes jeudi et vendredi derniers. « En tout, 20 chirurgies ont été reportées. Aucune procédure urgente n’a été annulée », affirme M. Castonguay. Les opérations d’un jour ont également été réalisées.

Types d’opérations reportées les 5 et 6 septembre au CHDL

– 8 cas de chirurgie orthopédique
– 7 cas de chirurgie bariatrique
– 2 cas de gynécologie
– 2 cas de chirurgie générale

Le Dr Dunberry explique qu’il arrive que des chirurgies électives soient reportées car les lits aux étages d’hospitalisation sont tous occupés par des patients, notamment quand les urgences débordent. « Mais devoir annuler des chirurgies électives par manque d’infirmières à l’étage, c’est la première fois que je vois ça », dit-il.

Stéphane Cormier, président du Syndicat interprofessionnel de Lanaudière, affirme qu’il manque cruellement d’infirmières la nuit à l’unité postopératoire du CHDL. Sur les quatre infirmières de nuit de l’unité, deux sont en congé de maternité et deux, en arrêt de travail, explique-t-il. Les infirmières qui travaillent de soir sont régulièrement appelées à faire des heures supplémentaires obligatoires dans le quart de nuit pour combler les manques. « On vient de vivre notre pire été depuis longtemps en termes de manque de personnel. C’est catastrophique », affirme M. Cormier.

Des infirmières d’autres départements du CHDL et du CISSS sont venues prêter main-forte afin de rouvrir rapidement et pleinement les services postopératoires à Joliette. « Ça s’est réglé rapidement », note le Dr Dunberry, qui se dit agréablement surpris. Les interventions chirurgicales annulées la semaine dernière seront reprises cette semaine, affirme M. Castonguay.

Syndicat inquiet

M. Castonguay explique que les vacances estivales ont compliqué la gestion du personnel au CISSS de Lanaudière, déjà aux prises avec une pénurie, alors qu’il manque 200 infirmières.

Selon lui, le recrutement intensif effectué par son CISSS (M. Castonguay dit avoir donné 261 équivalents temps complet sur le territoire au cours de la dernière année) de même que la fin de la période estivale prévue d’ici deux semaines faciliteront la gestion du personnel.

M. Cormier craint pour sa part que la situation ne se règle pas de sitôt. « Au nord, à tous les quarts de travail, il y a tout le temps du temps supplémentaire obligatoire », dit-il. Parfois, plutôt que de recourir aux heures supplémentaires obligatoires, des départements fonctionnent à effectifs réduits, affirme M. Cormier. Une situation qu’il juge « encore pire pour les équipes ». « Oui, on doit donner les services. Mais on n’a pas le personnel pour rouler les volumes. […] Sur le terrain, mes membres sont en souffrance », dit-il.