Le ministre de la Santé Gaétan Barrette a confirmé vendredi matin la création d'un projet pilote de transport médical par hélicoptère entre six établissements de santé et l'hôpital Sacré-Coeur, à Montréal.

Mis à jour le 22 juin 2018
Simon-Olivier Lorange LA PRESSE

Comme l'avait révélé La Presse, ce projet sera d'une durée de 18 mois et devrait voir les premiers patients être transportés en septembre prochain. Le ministre a indiqué que qu'un minimum de 175 patients devraient en bénéficier, quoique ce chiffre «pourrait dépasser 200».

Québec investit 3 millions dans ce projet. Questionné sur les délais avant cette annonce -  le Québec était la seule province canadienne dépourvue d'un service ambulancier intégré au système de santé -, M. Barrette a rétorqué que ce projet s'inscrivait dans la «séquence prévue» par sa réforme, qui lui a permis de dégager la «marge nécessaire» sur le plan financier.

Invité à commenter le fait que la somme de 3 millions apparaisse minime dans le budget de 38,5 milliards de son ministère, M. Barrette a invoqué les coûts d'un déploiement dans toute la province au terme du projet pilote, une opération que le gouvernement Charest avait évaluée à 20 à 25 millions de dollars en 2011.

C'est l'entreprise Airmedic qui assurera le service pendant la durée du projet pilote. Le gouvernement lui a accordé le contrat de gré à gré, mais ira en appel d'offres si jamais le service devait être élargi après 18 mois. «Nous avons tous le même objectif, et c'est de sauver des vies», a déclaré Sophie Larochelle, vice-présidente exécutive de l'entreprise.

Le projet prévoit le transport de patients strictement entre hôpitaux, et non des interventions directement sur le terrain. Deux hélicoptères d'Airmedic et une dizaine d'employés y seront consacrés en exclusivité. Pour chaque transport, le patient sera accompagné à bord par un médecin et une infirmière ou un infirmier ainsi qu'une personne accompagnatrice. Deux pilotes compléteront l'équipage.

L'influence du Dr Mulder

À la suite de la tragédie d'Humboldt, en Saskatchewan, qui a coûté la vie à 16 passagers d'un autobus en Saskatchewan en avril dernier, le Dr David Mulder avait lancé un cri du coeur, inquiet de constater qu'un service public de transport de patients par hélicoptère n'existait pas au Québec. À Humboldt, des hélicoptères du programme STARS étaient intervenus rapidement pour sauver des vies.

Le ministre Barrette a dit vendredi s'être entretenu à quelques reprises avec le médecin montréalais, et avoué que ces discussions avaient «influencé sa décision».

«C'est quelque chose dont le Québec avait besoin», a ajouté M. Barrette.

L'hélicoptère serait le moyen le plus rapide pour transporter des patients d'un établissement de santé à un autre dans un rayon de 75 à 275 kilomètres. En deçà de cette fourchette, l'ambulance traditionnelle serait plus efficace, et au-delà de 275 kilomètres, on privilégiera l'avion.

«En traumatologie, on connaît le principe de la "golden hour", l'heure suivant [un accident] où chaque moment est critique, a dit M. Barrette en conférence de presse. Un avion n'est pas toujours le véhicule le plus rapide, simplement parce qu'il n'y a pas d'aéroport partout.»

Les transports ne sont toutefois pas prévus exclusivement pour les patients en trauma. Le ministre a donné en exemple des patients victimes de problèmes cardiaques nécessitant une intervention d'urgence. C'est le CHU de Québec (Université Laval) qui effectuera le triage des demandes pour déterminer les situations où les hélicoptères seront mis à contribution.

Les six établissements de santé qui ont été retenus pour le projet pilote sont les hôpitaux de Shawinigan, de La Tuque, de Joliette, de Mont-Laurier, de Rivière-Rouge et de Sainte-Agathe. Des installations simples seront mises en place dans ces établissements pour accueillir les hélicoptères.

Au cours des prochains 18 mois, Québec établira une grille d'analyse afin de recueillir des données qui dicteront sa décision, à terme, d'implanter ou non le service à d'autres régions de la province. En outre, dans le futur, le ministre Barrette verrait bien l'hôpital Sainte-Justine, l'Hôpital général de Montréal et le CHU de Québec s'ajouter à Sacré-Coeur comme points de chute.