Au Québec, il existe non pas une, non pas deux, mais... 34 associations de massothérapie! Une véritable jungle, où l'on trouve bien sûr de nombreux praticiens compétents, mais où des proxénètes et des charlatans profitent du fouillis pour s'en mettre plein les poches.

Mis à jour le 18 nov. 2013
Isabelle Hachey LA PRESSE

Parmi ces 34 associations, une seule réclame la création d'un ordre professionnel pour encadrer la pratique. Établie depuis 35 ans, respectée dans le monde de la santé, la Fédération québécoise des massothérapeutes (FQM) lance aujourd'hui un site d'information (OnVeutDeLOrdre.org) pour faire valoir son point de vue, âprement contesté au sein même de la profession.

En l'absence de réglementation, n'importe qui peut se proclamer massothérapeute au Québec sans avoir les compétences ni l'encadrement nécessaires pour offrir des soins sécuritaires et adaptés à la santé des gens, explique Sylvie Bédard, directrice générale de la FQM. «La création d'un ordre professionnel permettrait enfin de mettre un peu d'ordre, justement, dans tout ce bric-à-brac.»

Doté de pouvoirs d'enquête, un ordre professionnel pourrait non seulement sanctionner les massothérapeutes fautifs, mais aussi éradiquer les faux salons de massage qui prodiguent en fait des services sexuels aux clients.

Les massothérapeutes ont tout intérêt à faire le ménage avant que les municipalités n'adoptent des mesures pour freiner la prolifération de ces faux salons, estime Mme Bédard. «Dans l'arrondissement de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension, on a limité le nombre de commerces de soins personnels. On les comprend, ça pullule de salons de massage érotique! Mais ce genre de mesures risque de faire très mal à notre profession.»

Pour le moment, toutefois, Québec refuse de suivre l'exemple de l'Ontario, de Terre-Neuve-et-Labrador et de la Colombie-Britannique en encadrant la profession. «Avant de créer un ordre, il faut d'abord prouver qu'un massage peut porter un préjudice sévère au client s'il est mal effectué. Ce n'est pas fait», explique Lucie Boissonneault, de l'Office des professions du Québec.

«Il n'y en a pas, de problème, c'est sécuritaire», assure pour sa part Martin Vallée, président de l'Association professionnelle des massothérapeutes spécialisés du Québec. «Nous croyons à l'autorégulation du milieu. Le mandat d'un ordre professionnel, c'est de protéger le public. Or, il n'y a pas de danger imminent à recevoir un soin en massothérapie!»

La FQM juge au contraire que les Québécois s'exposent à de graves dangers en consultant un massothérapeute incompétent pour soulager leurs douleurs. «Une pression non adaptée sur des zones d'inflammation ne tuera pas un patient, mais ça le forcera à augmenter sa médication, dit Mme Bédard. Et que dire d'un massothérapeute qui raconte à un cancéreux que ses traitements de chimio, ça fait l'effet d'une bombe dans son corps?»