L'agence de la santé et des services sociaux de Montréal suspend jusqu'en janvier sa décision d'imposer des amendes aux établissements de santé qui ne peuvent libérer en moins de huit jours les lits occupés par des aînés en attente d'hébergement. Mais loin de vouloir abandonner la mesure, l'Agence songe maintenant à faire payer non seulement les centres de santé et de services sociaux (CSSS), mais aussi les hôpitaux et les centres de réadaptation.

Mis à jour le 14 nov. 2013
Ariane Lacoursière LA PRESSE

Cette décision touchera de plein fouet le Centre universitaire de santé McGill (CUSM). En effet, des 100 lits occupés actuellement par des aînés en attente d'hébergement à Montréal, 20 sont au CUSM. «Et la majorité est ici depuis plus de huit jours», reconnaît la Dre Anita Brown-Johnson, directrice des soins hospitaliers secondaires au CUSM.

En juillet dernier, l'agence de Montréal a voulu inciter le réseau à libérer plus rapidement les lits d'hôpitaux occupés par des aînés en fin de soins actifs. L'Agence prévoyait que, dès le 17 novembre, des amendes de 984$ par jour seraient imposées aux CSSS incapables de retirer ces personnes âgées en moins de huit jours.

«On a reporté notre mesure en janvier pour la bonifier. On veut donner le temps aux hôpitaux de mieux s'organiser», affirme la présidente de l'agence de la santé de Montréal, Danielle McCann. Selon elle, les établissements travaillent déjà très fort pour atteindre leur objectif: alors que près de 200 lits étaient occupés par des aînés en fin de soins actifs en septembre, on n'en compte plus que 100.

Mission impossible

Mme McCann souligne que 12 millions de dollars ont été versés aux CSSS pour ajouter du personnel, notamment en soins à domicile.

Même si elle salue cette initiative, la Dre Brown-Johnson précise que les personnes âgées occupant des lits de soins aigus sont des «cas très complexes». «Plusieurs ont des problèmes de comorbidité multiples ou des problèmes graves de comportement. La communauté n'a pas assez de ressources actuellement pour recevoir rapidement cette clientèle. D'autres patients auraient besoin de soins palliatifs de longue durée, et pour ça non plus, il n'y a pas vraiment de ressources», dit-elle.

La Dre Brown-Johnson affirme qu'elle travaille étroitement avec les CSSS pour trouver des solutions. Elle reconnaît que si des amendes sont imposées aux hôpitaux, le CUSM sera particulièrement touché.

La situation financière du CUSM est déjà précaire. L'établissement a enregistré un déficit de 72 millions l'an dernier. Initialement, le déficit enregistré devait atteindre 115 millions. Mais un important plan de compressions de 50 millions sur deux ans a été imposé par Québec, et un accompagnateur a été engagé pour remettre le CUSM sur les rails.