Après des décennies d'augmentation, le surpoids chez les adolescents américains semble cesser de grimper, selon une nouvelle étude. La détérioration des habitudes de vie (alimentation, manque d'activité physique et télévision) est aussi enrayée.

Mathieu Perreault LA PRESSE

Ces résultats confirment une tendance qui fait beaucoup jaser les spécialistes du domaine depuis deux ans. Dans les pays anglo-saxons et certains pays scandinaves, un plateau d'obésité se dessine. Au début du mois de septembre, dans l'International Journal of Obesity, une analyse des dossiers de 164 000 Britanniques entre 1992 et 2010 montrait que l'augmentation du poids moyen se poursuivait, mais à un rythme moins élevé que dans les années 90.

Au Québec, le constat est plus difficile à établir, malgré certains indices laissant croire à une "stabilisation" de l'obésité chez les adolescents et à un ralentissement de son augmentation chez les adultes, selon Patricia Lamontagne, spécialiste de la question à l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). «Il est encore trop tôt pour parler de plateau, dit Mme Lamontagne. Contrairement à d'autres pays, nos données sur le poids ne sont pas très fréquentes et nous permettent difficilement de faire une analyse fine des tendances.»

Limite biologique ?

Quelles raisons expliquent ce plateau? «Il est très probable que c'est grâce aux programmes de promotion de l'exercice et d'une alimentation saine», explique Ronald Iannotti, de l'Université du Massachusetts, auteur principal de l'étude américaine qui paraissait lundi dernier dans la revue Pediatrics. «Certains auteurs ont avancé qu'il y a une limite biologique à l'augmentation des taux d'obésité. D'autres, qu'un sous-groupe de la population n'engraisse pas, génétiquement ou par comportement, et que son influence sur la moyenne devient de plus en plus importante. Mais comme nous voyons l'effet tant chez les Blancs que les Afro-Américains et les hispaniques, nous pensons que les programmes de prévention atteignent enfin leurs objectifs. Et nous voyons que les habitudes changent. Les ados font un peu plus d'exercice qu'avant. La génétique ne peut expliquer cela.»

Mais le psychologue bostonien demeure inquiet. Le quart des adolescents américains ont des habitudes de vie franchement néfastes du point de vue de l'obésité. Moins d'un sur dix mange un fruit ou un légume chaque jour - alors que les recommandations quotidiennes sont de cinq portions de fruits ou de légumes.

«Les choses s'améliorent légèrement, mais il y a beaucoup de chemin à faire, dit M. Iannotti. Il nous faut trouver ce qui fonctionne le mieux pour encourager les jeunes à mieux manger et à bouger.»

Il faut dire que dans le domaine de la santé, certains programmes ont des priorités qui s'opposent. Par exemple, l'interdiction de vendre des bouteilles d'eau dans plusieurs lieux publics, à la suite de pressions de groupes écologistes, risque d'encourager la consommation de boissons contenant plus de sucre.