L'Hôpital général de Montréal a décidé de sortir de ses cuisines quatre techniciennes en diététique affectées à la surveillance des plateaux de repas distribués aux patients, une décision qui pourrait compromettre la santé des malades, selon l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS). Le syndicat, qui a révélé l'an dernier l'insalubrité de la cafétéria gérée par l'entreprise Sodexo, juge que cette dernière est mal placée pour assurer le contrôle de la qualité des plats et des aliments.

Daphné Cameron LA PRESSE

«Couper dans les postes de techniciens en diététique, c'est l'équivalent de couper dans des postes d'inspecteurs sur des chantiers de construction pour les remplacer par des inspecteurs payés par l'entrepreneur», explique Francis Boucher, conseiller aux communications de l'APTS.

Les quatre employées ont appris mardi qu'elles seraient réaffectées à l'extérieur de la cuisine. Depuis des années, elles s'assurent que les aliments sont frais, qu'ils répondent aux normes de qualité et de salubrité, qu'ils correspondent bel et bien aux menus et portions élaborés par les nutritionnistes et qu'il n'y a pas de contamination possible pour les patients qui ont des allergies.

Selon l'APTS, des problèmes sont détectés au moins trois ou quatre fois par jour, principalement quant à la température et aux portions des aliments. On sert quotidiennement de 1200 à 1300 repas à l'hôpital.

Hélène Comtois, qui travaille dans les cuisines de l'hôpital depuis 29 ans, affirme qu'on doit parfois demander que des produits décongelés trop longtemps soient jetés. Elle raconte aussi qu'il arrive que les portions de protéines pèsent seulement la moitié du poids demandé par les nutritionnistes.

Carolle Dubé, présidente de l'APTS, pense que les interventions des techniciennes «dérangent» Sodexo. «Comme entreprise privée, ils veulent faire du profit, donc ils ne voudront pas gaspiller de nourriture, même si les pertes sont normales.» «Ils ne peuvent pas être juge et partie», ajoute-t-elle.

Le Centre universitaire de santé McGill (CUSM), dont fait partie l'Hôpital général de Montréal, nie catégoriquement que la qualité de l'alimentation sera compromise. Mathieu Jetté, directeur associé des services logistiques, affirme que la décision a été prise pour des questions de restrictions budgétaires. «Ça se fait dans le contexte d'une standardisation des services, c'est le seul de nos hôpitaux qui fonctionne selon ce mode d'opération.»

Il explique que les tâches effectuées par les techniciennes et qui ne nécessitent pas de diplôme en diététique seront assumées par les cadres de Sodexo. Les menus continueront d'être approuvés par le service de nutrition clinique. Grâce à cette réorganisation, son service pense économiser 160 000$. Le CUSM a demandé cette année aux services logistiques des compressions budgétaires de 287 000$.

L'an dernier, La Presse a visité les cuisines de l'hôpital et a constaté la présence de coquerelles et de moisissures.