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Les migrants, les oubliés de la santé

Flora, 48 ans, une patiente apatride de la... (Photo Édouard Plante-Fréchette, La Presse)

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Flora, 48 ans, une patiente apatride de la clinique: «Je n'ai jamais été malade, mais maintenant, j'ai la pression, le stress.»

Photo Édouard Plante-Fréchette, La Presse

Ouverte il y a un an à Montréal, la Clinique médicale pour migrants de Médecins du monde offre des soins de santé gratuitement aux migrants qui, en raison de leur statut, n'ont pas accès à la Régie de l'assurance maladie du Québec. Histoire d'une ressource unique en son genre.

C'est un rendez-vous chaque jeudi soir, dans un lieu confidentiel. Jusqu'à 12 patients rencontrent un médecin et une travailleuse sociale à la clinique. Ces patients qui, parfois, n'ont pas vu de médecin depuis plusieurs années, ont des problèmes de santé chronique, des maladies infectieuses ou, dans les cas les plus dramatiques, des cancers avancés.

Hypertension, mauvaise circulation. Madalina*, une Rom arrivée à Montréal il y a 16 ans, est une petite femme ronde qui ponctue ses phrases de grands rires. Pourtant, rien dans ce qu'elle dit n'est drôle. Sa santé est déclinante, dit-elle, alors qu'elle montre le pouce de sa main gauche, enflé et presque paralysé.

«Je n'ai jamais été malade, mais maintenant, j'ai la pression, le stress», explique-t-elle, la main sur sa poitrine.

De son portefeuille elle sort une photo d'elle, à son arrivée au Canada. À 48 ans, Madalina est maintenant marquée par des années d'angoisse. Elle n'a plus de statut ici, mais ne peut être expulsée: elle est devenue apatride. Sa situation la tourmente. «Ma vie est une prison. Mais je ne veux pas mourir ici.»

«Pourquoi ne pas le faire ici?»

Ouverte il y a un an, la Clinique répond à un besoin qu'ont constaté les bénévoles de Médecins du monde au cours de leurs interventions dans les rues de Montréal. Aux côtés des autochtones, des toxicomanes, des travailleurs du sexe et des sans-abri est apparue une nouvelle clientèle: les migrants à statut précaire.

Depuis sa création, la Clinique cible ainsi des immigrés sans couverture médicale: personnes en attente de leur résidence permanente, personnes sans statut, personnes en délai de carence.

La Clinique tourne rondement. Mais Médecins du monde s'attend à voir plus de patients arriver au cours des prochains mois, en raison des compressions d'Ottawa dans le Programme fédéral de santé intérimaire (PFSI) qui, jusqu'alors, prenait en charge les soins de santé primaires et complémentaires des demandeurs d'asile.

«C'est sûr qu'il va avoir une hausse de la demande avec cette mesure», croit Nicolas Bergeron, président de Médecins du monde Canada.

Selon lui, l'accès aux soins de santé ne devrait pas être conditionnel au statut d'immigration.

«Quand on offre des soins à l'international, on se rend compte qu'il serait plus cohérent de le faire aussi chez nous. Si nous sommes une terre d'accueil, on ne peut pas utiliser la santé pour fermer les portes. Si on aide ailleurs, pourquoi ne pas le faire ici?», demande-t-il.

Les dettes ou la vie

La Clinique médicale pour migrants de Médecins du monde est à Montréal une ressource unique.

Pour obtenir un rendez-vous médical, il faut appeler l'infirmière, Sophie Schoen, qui s'assure d'abord que la personne n'a pas accès aux ressources publiques.

«Comme infirmière, c'est difficile. Je sais qu'une personne avec une carte d'assurance maladie et le même problème pourrait aller voir un médecin très vite, même en attendant longtemps. Sans carte, c'est plus difficile. Parfois, je peux proposer un rendez-vous dans une semaine, deux semaines», dit-elle.

La dynamique jeune femme est bien connue des patients, qui parfois l'appellent par son prénom.

Elle doit aussi acheminer les cas les plus urgents vers les hôpitaux. Mais c'est une option que repoussent le plus longtemps possible les personnes sans statut, en raison des coûts associés: pour une personne sans carte soleil, une visite médicale peut coûter plusieurs centaines de dollars et une hospitalisation, plusieurs milliers de dollars.

«J'ai un patient qui a fait un AVC il y a plusieurs années et qui n'est jamais allé aux urgences», dit Sophie Schoen.

Des soins trop chers

Depuis cinq ans, Monique, 68 ans, petite dame aux cheveux soigneusement tirés en chignon, attend des nouvelles de sa demande de résidence permanente.

Son dossier n'ayant pas encore reçu le feu vert des deux ordres de gouvernement, cette Camerounaise n'a pas d'assurance maladie.

Elle a d'abord consulté des médecins pour divers problèmes de santé. Mais, dit-elle doucement, elle trouve la facture salée pour sa fille, aujourd'hui Canadienne, avec qui elle vit.

Quand elle a entendu parler de la Clinique, elle a eu un petit soulagement. Elle n'a que des bons mots pour l'équipe.

«Déjà, quand un médecin nous reçoit, on est à moitié guéri», croit-elle.

Certains patients de Médecins du monde sont passés par un véritable enfer avant de pouvoir renouer avec le monde médical.

C'est le cas de Daniel, Haïtien de 55 ans, qui a passé 10 ans à la rue pour éviter l'expulsion. Il s'est manifesté auprès des autorités et espère aujourd'hui une régularisation de sa situation.

«Je n'avais pas le droit d'aller voir un médecin, et plus ça allait, plus ça empirait», raconte-t-il.

Il souffre d'un lichen plan, une maladie de la peau qui se caractérise par des taches ou des boutons recouvrant tout le corps.

Aujourd'hui, il nous montre les cicatrices de cette maladie sur ses jambes et son torse. Il doit prendre des médicaments pour tenir la maladie en veilleuse, mais aussi des antidépresseurs.

«J'ai des idées suicidaires. Je ne me trouve utile à rien, je ne travaille pas, je ne pense pas que je vaux la peine. J'aimerais tellement avoir mon statut et devenir un homme nouveau!», dit-il.

Ses visites à la Clinique lui redonnent espoir.

«Il y a beaucoup d'écoute ici. Ça devient vraiment une place fétiche pour me livrer. Ça m'inspire, je suis plus ouvert», dit-il doucement.

Une palliation

La clinique médicale de premiers soins pour les migrants a beaucoup de bonne volonté, mais elle a encore des moyens limités et repose principalement sur le bénévolat des médecins et la force d'un réseau ami d'intervenants de la santé.

«Oui, c'est du bricolage, admet la Dre Marie Munoz, administratrice de Médecins du monde. Je vois notre service comme une palliation: on répond à un besoin, mais c'est clair qu'il faudrait bonifier notre clinique.»

On en sait très peu sur les problèmes médicaux des personnes sans statut.

Mais Médecins du monde croit qu'offrir un accès aux soins à tous, sans égard au statut d'immigration, permet d'éviter des problèmes de santé publique et reste moins onéreux que l'attente de la prise en charge, dans les urgences, de problèmes de santé plus graves.

Cette mesure n'est pas complètement utopique: la Suède vient tout juste d'annoncer la mise en place, l'an prochain, d'un accès universel aux soins de santé.

Ce scénario est-il envisageable ici?

«Certainement, cela n'aurait pas un énorme impact sur le système de santé, mais sur la santé publique», répond Marie Munoz.

[* les prénoms ont été modifiés]

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Certains patients de Médecins du Monde sont passés par un véritable enfer avant de pouvoir renouer avec le monde médical

Photo Édouard Plante-Fréchette, La Presse

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QUELQUES CHIFFRES

571: Le nombre de contacts noués par les infirmières avec des patients.

184: Le nombre de personnes qui ont bénéficié des services de la clinique pour migrants.

148: Le nombre de personnes qui ont pu voir un médecin.

Les personnes rencontrées sont fréquemment en attente de leur résidence permanente. Il y a aussi des réfugiés et des personnes sans statut, ou en délai de carence. Les problématiques abordées sont, dans l'immense majorité, le manque d'accès aux soins. Source: rapport d'activité 2011-2012 de Médecins du monde




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