Une douzaine de cliniques implanteront, en mai, un nouveau mode de gestion qui éliminera les examens annuels pour permettre aux patients de prendre rendez-vous avec leur médecin de famille lorsqu'ils souffrent d'un problème de santé ou ont besoin d'une consultation, a appris La Presse.

Mis à jour le 20 avr. 2012
Daphné Cameron LA PRESSE

La méthode Accès adapté, qui a fait ses preuves aux États-Unis et en Alberta, permettra au patient de choisir la date et l'heure de son rendez-vous à l'intérieur d'une période de deux semaines.

Le projet, qui vise à améliorer l'accès aux médecins de famille, est piloté par la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) en collaboration avec le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (MSSS).

Dans les prochaines semaines, une première cohorte de 10 à 15 milieux cliniques qui ont démontré leur intérêt sera sélectionnée pour participer à un programme de soutien et de formation qui débutera en mai. Ceux qui ne sont pas sélectionnés seront inclus plus tard dans une deuxième cohorte.

Le modèle Advanced Access (Accès adapté) a été mis au point aux États-Unis par le Dr Mark Murray, qui a par la suite importé le modèle en Alberta. Des médecins l'ont aussi adopté en Colombie-Britannique, au Manitoba et en Nouvelle-Écosse.

«Aux États-Unis, ils ont réussi à faire passer l'attente pour voir un médecin de famille de 55 jours en moyenne à environ 1 journée», a expliqué hier le Dr André Munger, qui était de passage à Montréal pour donner une conférence sur le modèle, dans le cadre du 15e congrès annuel de l'Association médicale du Québec. «Il est certain que nous sommes dans un système de santé un peu différent. Mais les premières cohortes vont nous permettre d'évaluer le modèle dans le contexte québécois.»

Le Dr Munger, qui pratique dans la région de Sherbrooke, est l'un des premiers médecins à avoir testé la formule au Québec, à partir de 2007. Sept autres médecins de sa clinique l'on adopté. Une poignée d'autres pratiquent l'Accès adapté ailleurs dans la province.

«C'est un succès dans la mesure où le patient appelle et il a une réponse. Si c'est pressant, on va le voir le jour même, sinon il va être vu dans les jours qui suivent. Le délai maximal pour le rencontrer est de deux semaines, tandis qu'actuellement, c'est très difficile dans beaucoup de milieux d'avoir accès à un médecin de famille. Souvent, un patient appelle pour avoir un rendez-vous annuel, mais le calendrier est complet ou n'est pas prêt. Ça peut prendre des mois avant d'obtenir un rendez-vous et la seule façon de voir son médecin, c'est dans ses plages de consultations sans rendez-vous», explique-t-il.

Selon le Dr Munger, le concept de rendez-vous annuel est une notion «caduque». «Dans l'Accès adapté, la notion d'examen périodique existe toujours, mais elle varie en fonction des besoins des patients. Si le patient est vulnérable, qu'il souffre d'un problème de santé chronique, il va avoir un suivi serré. Mais si je reçois une femme qui a besoin de contraception et qui est en bonne santé, je vais lui faire une prescription de 18 à 24 mois et la rencontrer à des périodes où elle vit des problèmes de santé particuliers.»

Le modèle ne doit toutefois pas glisser vers le modèle d'une clinique de consultations sans rendez-vous, souligne le Dr Munger. «La clinique sans rendez-vous répond à des besoins ponctuels, mais n'assure pas la continuité des services. Ce n'est pas que l'on n'a pas besoin de cliniques sans rendez-vous, mais ce modèle-là a pris des proportions démesurées et s'est fait au détriment du suivi et de la prise en charge», a-t-il affirmé. Selon son expérience, les patients n'abusent pas de ce système.

Le président de la FMOQ, Louis Godin, croit que le modèle est prometteur. «C'est quelque chose que l'on trouve très intéressant pour aider les médecins dans leur pratique, on comprend bien que ça ne peut pas s'appliquer à tous les types de pratiques et que les 6000 médecins de famille ne vont pas l'adopter, mais c'est une nouvelle approche de gestion de clientèle qui permet de voir son médecin de famille plus rapidement et plus facilement. Ça rend aussi la pratique plus intéressante et permet au médecin de voir des patients qui souffrent de problèmes plus aigus.»

«L'Accès adapté a démontré des résultats significatifs pratiquement partout où il a été expérimenté, a ajouté Nathalie Lévesque, porte-parole au ministère de la Santé. Ce n'est pas une panacée pouvant régler tous les problèmes vécus en première ligne. Il peut toutefois être un outil, parmi tant d'autres, pour atténuer les problèmes d'accessibilité aux services médicaux généraux.»