Alors que l'accès à des soins médicaux reste difficile pour plusieurs Québécois, le nombre de cadres ne cesse d'augmenter dans le réseau. Dans la quasi-totalité des agences de santé et de services sociaux de la province, le nombre de cadres, leur masse salariale et leurs primes ont augmenté depuis 2007, révèlent des données obtenues grâce à La loi sur l'accès à l'information.

Mis à jour le 10 janv. 2012
Ariane Lacoursière LA PRESSE

Selon le Journal de Montréal, les salaires des 14 374 cadres du réseau de la santé québécois atteignent maintenant le milliard de dollars. Au cours de la dernière année seulement, 142 nouveaux cadres se sont ajoutés dans les établissements de santé.

Forte hausse à Montréal

Des données obtenues par La Presse révèlent que certaines agences de santé et de services sociaux ont beaucoup de difficulté à contenir le nombre de cadres qu'elles embauchent. À l'agence de Montréal, ils sont passés de 81 en 2007 à 93 en 2011, et la masse salariale est passée de 5,8 millions à 7,7 millions de dollars durant la même période. Le porte-parole de l'agence, Hugo Larouche, explique que 12 postes de cadre ont été créés dernièrement dans la foulée de la modernisation des centres hospitaliers universitaires (CHU) à Montréal. «Ces cadres ne travaillent pas à la mission de l'agence. Ils ne travaillent qu'aux projets des CHU», dit-il.

D'autres postes de cadre ont dû être créés à Montréal au cours des dernières années, notamment pour ouvrir un poste de commissaire aux plaintes et pour superviser le processus de certification des résidences privées pour aînés.

À l'agence de Québec, le nombre de cadres est passé de 13 à 31 depuis 2007, et de 13 à 21 en Mauricie, faisant passer les salaires de 860 000 $ à 1,3 million par année. Le directeur général adjoint de l'agence de la Mauricie, Serge Beauchamp, explique que cette hausse était nécessaire pour «combler des lacunes dans l'encadrement du personnel». «On n'avait aucun cadre intermédiaire. Le personnel en souffrait. Ils nous ont eux-mêmes demandé plus d'encadrement. On a créé des postes, surtout comme chef de service», résume M. Beauchamp, qui assure que le personnel en est très heureux.

Seules les agences de santé de Laval, de la Gaspésie et du Saguenay-Lac-Saint-Jean sont parvenues à contenir l'augmentation du nombre de leurs cadres depuis 2007.

Réplique

La directrice générale de l'Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux (AQESSS), Lise Denis, ne s'inquiète pas de cette situation. «En 10 ans, le nombre de cadres a augmenté de 12% au Québec, alors que les ressources ont augmenté de 9%. Oui, l'augmentation du nombre de cadres est légèrement plus élevée. Mais le taux d'encadrement est presque resté stable avec 1 cadre pour 17 employés», résume-t-elle.

Mme Denis explique qu'un cadre, «ce n'est pas quelqu'un d'assis dans son bureau qui remplit des papiers». «Dans le réseau de la santé, 83% des cadres sont sur le terrain. Ce sont par exemple des infirmières-chefs ou des directeurs des soins», dit-elle.

Certaines agences semblent avoir fait des efforts pour réduire la masse salariale de leurs cadres. Ainsi, à Montréal, le président-directeur général, David Levine, qui avait reçu des primes de 9000$ en 2007-2008, de 14 600 $ en 2008-2009 et de 9300 $ en 2009-2010, n'en a pas reçu en 2010-2011. Il a dû se contenter de son salaire de 190 927 $.

Même si le gouvernement avait promis d'éliminer les primes aux cadres dès 2010-2011, plusieurs agences ont tout de même versé des sommes supplémentaires. Par exemple, l'agence de l'Abitibi-Témiscamingue a versé 28 410 $ en 2010-2011 et 28 460 $ en 2011-2012. À l'agence de Chaudière-Appalaches, 29 427 $ ont été versés en 2011-2012. Au cabinet du ministre de la Santé, Yves Bolduc, on explique que les primes sont versées de façon rétroactive. «Les bonus de 2010-2011 seront versés en 2011-2012. Après, il n'y en aura plus», assure l'attachée de presse de M. Bolduc, Natascha Joncas-Boudreau.

- Avec la collaboration de William Leclerc