La réfection majeure du boulevard Saint-Laurent terminée en 2008 a coûté plus cher que prévu à la Ville de Montréal, qui doit allonger 800 000$ pour dédommager la firme qui a effectué les travaux.

Martin Croteau LA PRESSE

Le comité exécutif a approuvé hier le versement de 790 723,29$ supplémentaires à Construction Frank Catania et Associés en raison «d'événements non prévus au contrat» et «hors du contrôle» des autorités. La Ville majore du coup à 10,9 millions de dollars le contrat qui avait été accordé à la firme en mai 2007.

Terminée en juin 2008 après 13 mois de construction, la réfection de la Main entre la rue Sherbrooke et l'avenue du Mont-Royal a été vertement critiquée par les commerçants du secteur, qui estimaient les travaux trop vastes, trop longs. Selon eux, le remplacement de la chaussée, des conduites souterraines et des trottoirs a fait fuir leur clientèle.

La facture globale pour la réfection de ce tronçon de 2,5 km s'établit à 32 millions.

La principale cause du dépassement de coût: les concepteurs n'avaient pas prévu que l'élargissement des trottoirs affecterait le drainage des rues. Il a fallu faire des travaux supplémentaires pour modifier les fondations, les chaussées et les trottoirs des rues transversales à Saint-Laurent.

Devant la colère des marchands, la Ville a aussi ordonné à l'entrepreneur d'accélérer les travaux afin de réduire leur durée de 22 à 13 mois. La décision l'a forcé à travailler en hiver et à faire travailler ses employés en heures supplémentaires.

«Si la Ville n'avait pas accéléré le rythme des travaux en cours de projet et agrandi la limite des travaux, tous les imprévus auraient été couverts par les montants de contingence», a indiqué le porte-parole de la Ville, Philippe Sabourin.

Les réparations ont aussi été retardées par des conflits entre les nombreux entrepreneurs qui participaient aux travaux.

La facture pourrait grimper encore davantage, puisque Construction Frank Catania et Associés a adressé une réclamation de 2 millions à la Ville. La firme affirme que ses profits ont été affectés par l'accélération des travaux. Le consortium SNC-Lavalin-Cima+, qui a dirigé le projet, analyse la plainte.

Le vaste chantier de la Main avait semé la controverse pendant plus d'un an. Alors que la rénovation était presque terminée, Gaz Métro a annoncé qu'il devrait rouvrir les trottoirs et la chaussée à une quarantaine d'endroits pour réparer ses propres conduites. L'entrepreneur embauché par la Ville a effectué ces travaux.

Gaz Métro a versé 185 000$ à la Ville en guise de compensation. Furieux, des commerçants ont intenté un recours collectif contre le distributeur de gaz naturel, une démarche qu'ils ont depuis abandonnée.

Le président de la Société de développement du boulevard Saint-Laurent, association qui représente 600 commerces de l'artère, n'est guère surpris que les travaux se soient soldés par un dépassement de coûts.

«Il y avait tellement de gens là-dedans, soupire Gordon Bernstein, président de l'organisme. Ils ont essayé de bien faire, mais tout le monde était un peu dépassé par les événements, et le résultat, c'est que ça a pris trop de temps.»

M. Bernstein affirme que ses membres subissent encore les contrecoups de cet immense chantier. Car sitôt les travaux terminés, la récession les a percutés de plein fouet. Même si le boulevard Saint-Laurent s'est refait une beauté, dit-il, le taux d'inoccupation dans les locaux commerciaux du secteur est de 8%.