Dans un geste rarissime, les 18 directeurs de la santé publique du Québec (DSP) font front commun pour contrer le jeu en ligne. Ils demandent à Québec de suspendre durant un an le projet de jeu en ligne de la société Loto-Québec, prévu pour démarrer l'automne prochain.

Mis à jour le 19 févr. 2010
Sara Champagne LA PRESSE

S'appuyant sur l'exemple de la Colombie-Britannique, où les problèmes de jeu compulsif auraient augmenté de 25% depuis la mise en ligne du site PlayNow, les DSP ont réclamé, hier, qu'un comité d'experts soit formé «pour anticiper et prévenir les problèmes». Selon le Dr Richard Lessard, de la DSP de Montréal, ce comité devrait réunir plusieurs ministères, dont la Sécurité publique, afin de se pencher sur les moyens de contrer «l'économie souterraine».

 

Au début du mois, le ministre Raymond Bachand a autorisé Loto-Québec à mettre en ligne un jeu d'argent en raison du nombre grandissant de sites de jeu illégaux. Loto-Québec s'est engagée à interdire l'accès du site aux mineurs ainsi qu'à offrir des taux de gain stables et des jeux fiables.

Étude réalisée en Suède

Cet argument a fait bondir les directions de la santé, qui ont analysé les plus récentes statistiques sur le comportement des joueurs dans les régions où il y a des jeux en ligne. Selon leurs projections, plus de 100 000 Québécois sont susceptibles de se réveiller un bon matin avec des problèmes de dépendance au jeu si Loto-Québec va de l'avant avec son projet.

Pour arriver à cette conclusion, ils se fondent sur une étude réalisée en Suède par la Nottingham Trent University. L'étude révèle que 52% des nouveaux joueurs du site Svenska Spel n'avaient jamais joué sur d'autres sites auparavant et que 20% de ses utilisateurs ont des problèmes de jeu.

«La question de fond, c'est le type de jeu, estime le Dr Lessard, de la DSP de Montréal. Tout le monde ne devient pas malade en jouant, mais le risque est plus grand avec le jeu en ligne, notamment parce qu'on peut jouer seul, n'importe quand, dans son salon ou dans sa chambre, sans avoir à se déplacer, et qu'on n'a pas besoin d'argent liquide.»

Loto-Québec déplore le ton «alarmiste»

Les 18 directions de la santé publique n'avaient pas terminé leur point de presse, hier matin, que Loto-Québec publiait déjà un communiqué contestant la lecture des statistiques sur les joueurs en Suède.

Loto-Québec déplore le ton «alarmiste» employé par les directions de la santé. Elle s'étonne, notamment, de ce qu'elles n'aient pas souligné que, dans le cadre d'une commission parlementaire suédoise, en 2008, une étude auprès de 2000 joueurs a démontré que le pourcentage de joueurs pathologiques qui jouent sur d'autres sites «est près de quatre fois plus élevé comparativement à ceux qui jouent sur le site de l'État de Suède».

Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, n'a pas réagit publiquement à la demande des directeurs de la santé, hier. Son attachée de presse, Karine Rivard, a renvoyé la balle à la ministre des Services sociaux, Lise Thériault. Amir Khadir, député de Québec solidaire dans Mercier, a pour sa part, dans un communiqué, qualifié de «raisonnable et empreint de sagesse» le geste des DSP.