S'il n'en tient qu'à la Fédération des médecins spécialistes (FMSQ), le gouvernement devrait créer immédiatement une ligne téléphonique spéciale pour répondre aux inquiétudes de malades du cancer qui craignent ne pas avoir reçu le traitement adéquat à la suite d'erreurs dans les laboratoires de pathologie.

Tristan Péloquin LA PRESSE

Gaétan Barrette, le président de la FMSQ, a lancé cet appel hier matin, alors qu'il qualifiait de «crise» la situation qui prévaut dans les laboratoires de pathologie de la province. Son cri d'alarme découle d'une étude privée réalisée par le président de l'Association des pathologistes du Québec, le Dr Louis Gaboury, démontrant que de 15 à 20% des tests de marqueurs hormonaux utilisés pour déterminer le type de traitement à donner aux malades du cancer sont erronés.

 

L'étude du Dr Gaboury repose sur de nouvelles analyses menées sur des échantillons de 15 patientes québécoises déjà diagnostiquées pour des cancers du sein. Les échantillons ont été envoyés dans 25 laboratoires publics de pathologie, et les résultats d'analyses qui ont été retournés démontraient que de 15% à 20% des tests initiaux étaient erronés. Dans trois établissements, le taux d'erreur a même atteint 30% pour les récepteurs hormonaux liés au médicament Herceptin. «Normalement, ces gens-là (les pathologistes) devraient scorer avec une précision de 95%», a soutenu le Dr Barrette.

La FMSQ estime que la situation dans les laboratoires québécois est tout aussi critique qu'à Terre-Neuve, où 400 femmes atteintes du cancer ont reçu entre 1997 et 2002 un traitement inutile, voire pas de traitement du tout, après qu'un laboratoire de pathologie eut commis des erreurs.

Pour le Dr Gaboury, il n'y a donc plus de doute possible: «Les conditions (de pratique qui ont cours au Québec) sont strictement les mêmes qu'à Terre-Neuve». L'année dernière, la commission d'enquête Cameron a démontré dans cette province maritime que de graves lacunes existaient dans ses laboratoires de pathologie pour les tests de diagnostic pour le cancer du sein. Des milliers de tests de diagnostic ont dû être refaits pour en arriver à cette conclusion.

Fait à noter, l'étude du Dr Gaboury, qui reste confidentielle pour le moment, a été financée à hauteur de 60 000$ par la compagnie pharmaceutique Hoffmann-Laroche, qui fabrique le Herceptin. Le Dr Barrette a néanmoins soutenu que l'étude n'a «pas de biais commercial ni professionnel».

Les conclusions du rapport du Dr Gaboury, dont les grandes lignes ont été dévoilées mercredi par Radio-Canada, ont été présentées au ministre de la Santé, Yves Bolduc, qui a soutenu hier n'en avoir pas été informé auparavant. Le Collège des médecins, mandaté par le ministre pour faire la lumière sur l'affaire, doit rencontrer aujourd'hui le Dr Gaboury pour prendre connaissance de l'étude et déterminer quelles seront les prochaines étapes. Il est possible que la méthodologie employée par le Dr Gaboury soit élargie à un plus large échantillon.

Selon le Dr Barrette, les résultats de l'étude, bien que provenant d'un nombre très limité d'échantillons, permettent déjà de faire certaines extrapolations. «C'est clair que la grande majorité des femmes (malades du cancer) ont eu un bon diagnostic. Mais ce que les résultats impliquent, c'est qu'un bon nombre ont été bien diagnostiquées, mais qu'elles ont eut le mauvais traitement. Et il y a aussi aux deux extrémités de la chaîne des gens qui ont eu des faux résultats positifs et qui ont reçu des traitements pour rien, ou encore des personnes qui sont passées carrément à travers les mailles du filet», a-t-il soutenu.

«Ces conclusions se transposent aux cas de cancer du côlon, de cancer du cerveau, du pancréas ou des os. C'est la même chose. Tous ces diagnostics passent par la pathologie», a ajouté le Dr Barrette.

La FMSQ réclame la mise en place rapide d'un programme de contrôle de qualité dans les laboratoires de pathologie. «Même Toyota a un programme de contrôle de la qualité», a lancé le Dr Barrette, se moquant de l'intérêt avoué qu'a le ministre Bolduc pour les méthodes d'organisation utilisées par le constructeur automobile.

La FMSQ affirme avoir tiré la sonnette d'alarme auprès du ministre Couillard dès 2005 au sujet des problèmes dans les laboratoires de pathologie. «Depuis, rien n'a été fait», a ajouté le Dr Barrette.