Voici une histoire qui risque d'alimenter le cynisme populaire envers la lenteur des tribunaux. C'était la 30e fois, hier, que la cause de l'homme d'affaires Guy Gagnon revenait devant un juge. Et le processus judiciaire risque de s'étirer davantage en raison d'un possible changement de plaidoyer de l'accusé.

Caroline Touzin LA PRESSE

Quatre ans après avoir heurté un adolescent en scooter alors qu'il conduisait en état d'ébriété, M. Gagnon, 52 ans, comparaissait à l'étape des plaidoiries sur la sentence, hier. Mais sa cause a été remise pour la 31e fois. L'accusé pourrait même changer son plaidoyer, a averti son avocate, Me Alexandra Longueville. Si c'est le cas, le dossier n'est pas à l'aube de se régler.

 

Après avoir fait reporter plusieurs fois son dossier, Guy Gagnon a plaidé coupable en décembre dernier à une accusation d'avoir conduit avec les facultés affaiblies causant des lésions corporelles à un adolescent de 16 ans. En contrepartie, la Couronne a laissé tomber l'accusation de délit de fuite.

Le 22 juin 2005, vers 23h30, M. Gagnon, au volant de sa Mercedes décapotable, a fauché le jeune Maxime Robert qui circulait en scooter sur la montée Monette, à Saint-Philippe. Le conducteur l'a traîné sur une distance d'environ 75 mètres.

Lorsque les premiers répondants sont arrivés sur place, M. Gagnon avait quitté les lieux. L'homme d'affaires est rentré chez lui à Saint-Philippe, où les policiers l'ont ensuite arrêté. L'adolescent a subi un traumatisme crânien et a toujours des maux de dos.

Hier, l'air visiblement irrité, le juge Denys Noël a accepté une «dernière remise». Au coeur de cette remise: un changement de procureure de la Couronne. L'ancienne procureure au dossier, Me Louise Leduc, a récemment été nommée juge. Or, Me Leduc s'était entendue avec la défense, Me Longueville, sur une suggestion commune pour que la peine soit purgée dans la communauté.

Le hic: la nouvelle procureure, Me Ève Malouin, s'oppose à ce que la peine soit purgée dans la collectivité. L'accusé a un antécédent de conduite avec facultés affaiblies datant de 1992.

L'avocate de la défense a indiqué au juge Noël, hier, avoir appris seulement la veille la nouvelle position de la Couronne. «Mon client songe à retirer son plaidoyer. Il a besoin d'une opinion juridique approfondie sur la question», a indiqué l'avocate de la défense pour justifier sa demande de remise.

«La position de la poursuite a changé en raison des orientations du ministère de la Justice», a dit pour sa part la procureure de la Couronne, Me Malouin, laissant entendre qu'une peine d'emprisonnement est aujourd'hui recommandée dans des causes de conduite avec facultés affaiblies causant des lésions corporelles.

L'accusé sera de retour en cour le 16 juin.