Les dauphins peuvent réduire le décrochage scolaire, France Lafleur en est persuadée. Cette passionnée d'éducation, lauréate du Prix du premier ministre du Canada pour l'excellence en enseignement 2000, va motiver cette année enseignants et élèves grâce à Tursi, Merina, Cayo et Molly. Des grands dauphins du Dolphin Research Center de Grassy Key, en Floride.

Marie Allard LA PRESSE

«La recette est simple: quand l'élève est intéressé et qu'il a un enseignant dont le dynamisme est contagieux, il s'investit et s'engage à fond, a indiqué à La Presse Mme Lafleur. Soyons créatifs, donnons-leur des situations d'apprentissage significatives qui captent leurs intérêts et on aura d'excellents résultats.»

 

Prêchant par l'exemple, la chargée de cours va partager son amour des dauphins avec les enseignants inscrits à son cours de pédagogie par projets, l'hiver prochain à l'Université de Sherbrooke. «On va se connecter en direct avec le centre de recherche sur les dauphins, au moyen d'une webcaméra, et assister aux séances d'entraînement et de recherche», a-t-elle annoncé avec enthousiasme.

Des projets abordant la biologie, l'anglais, la protection de l'environnement, voire le journalisme (pourquoi ne pas écrire un article sur ces mammifères malins qui savent compter jusqu'à quatre?) seront ensuite conçus par ses étudiants. «On va créer une banque de projets qu'on se partagera», a-t-elle expliqué.

«C'est vraiment intéressant, a estimé Hassane Squalli, responsable de la maîtrise en enseignement de l'Université de Sherbrooke. Faire vivre aux élèves des activités authentiques, ça fait toute la différence. On voit qu'actuellement il y a un désintérêt des élèves envers les sciences. Une activité comme celle-là leur montre une image différente des sciences.»

Premier groupe d'élèves québécois au DolphinLab

Depuis six ans, dès qu'arrivent les vacances d'été, de Noël ou la relâche scolaire, Mme Lafleur s'envole vers le Dolphin Research Center où elle est bénévole. Ce centre sans but lucratif a une double mission d'éducation et de recherche... en plus d'accueillir 50 000 touristes par an. Ces derniers peuvent visiter les lieux, nager avec un dauphin (pour 104 $US), voire faire le stage «DolphinLab», crédité par le Florida Keys Community College.

Mme Lafleur emmènera des adolescents du collège privé Boisbriand suivre ce programme en avril. «Mon grand rêve se réalise!» a-t-elle dit.

Il s'agit du premier groupe canadien de l'histoire du «DolphinLab», selon Kirsten Donald, directrice des programmes éducatifs au Dolphin Research Center. «Nous offrons un mélange unique d'observation et d'expériences concrètes avec les dauphins, a-t-elle expliqué. Les élèves vont beaucoup apprendre sur les métiers liés à la biologie marine, mieux connaître l'océan et comprendre l'importance de le préserver.»

Cela a un prix: environ 2300$ par adolescent, vol compris. «Offrir un voyage scolaire avec un aspect scientifique, c'est rare, a dit Mario Bigras, codirecteur du collège Boisbriand. Et le dauphin est un animal qui a un grand attrait pour les jeunes. Mais il n'y a aucune pression pour que les élèves participent.»

Aussi directrice adjointe d'une école primaire publique de Kirkland, Mme Lafleur a d'autres objectifs. Comme amener des petits du primaire visiter les dauphins, ou encore des autistes qui en tireraient de grands bienfaits, selon elle. «Les jeunes embarquent avec nous quand ils aiment ce qu'ils font, a-t-elle souligné. Raccrocher nos jeunes, ce n'est pas de la magie, c'est du gros bon sens!»