La prochaine campagne électorale provinciale sera déclenchée le 29 août prochain, selon toute vraisemblance, et durera donc 36 jours, une façon pour le gouvernement de tirer profit des règles entourant les dépenses en publicité, selon un expert.

Publié le 11 août
Vincent Larin
Vincent Larin La Presse

C’est d’ailleurs le premier ministre François Legault qui a vendu la mèche lors d’un point de presse le mois dernier, au moment de présenter sa candidate dans la circonscription de Repentigny, l’ancienne journaliste Pascale Déry.

« On va avoir une plateforme électorale qu’on va sortir jour par jour pendant les 36 jours de la campagne. Il faut que je me garde des nouvelles », a alors lâché le premier ministre, une déclaration passée inaperçue.

En remontant le calendrier à compter du 3 octobre 2022, date du scrutin selon la Loi électorale, on peut conclure que la campagne débuterait donc le lundi 29 août.

Contacté mercredi, l’attaché de presse de M. Legault, Ewan Sauves, n’a pas souhaité commenter les propos du premier ministre. « On ne commencera pas à spéculer sur la date du déclenchement [de la campagne électorale]. Nous l’annoncerons en temps et lieu. Les élections auront lieu comme prévu le 3 octobre prochain », a-t-il indiqué.

Le gouvernement fera toutefois connaître son intention quelques jours avant, a-t-il précisé, comme l’avait fait le prédécesseur de François Legault, Philippe Couillard, en 2018. « Tout le monde sera fixé quelque temps avant le déclenchement officiel. »

Expiration de la législature

Interrogé à ce sujet, le Directeur général des élections du Québec affirme ne pas avoir reçu d’indications du gouvernement quant à un déclenchement le 29 août.

« Conformément à la Loi électorale, un décret d’élection devra être pris au plus tard le lundi 29 août, date d’expiration de la législature », a toutefois rappelé le porte-parole de l’organisme, Gabriel Sauvé-Lesiège.

Selon la Loi électorale, « le scrutin a lieu le cinquième lundi qui suit la prise du décret si le décret est pris un lundi, un mardi ou un mercredi, et le sixième lundi si le décret est pris un autre jour ». C’est donc dire que le gouvernement avait le loisir de choisir toute date entre le jeudi 25 et le lundi 29 août pour déclencher la prochaine campagne.

« Gardez toutefois en tête que malgré le fait que la Loi électorale prévoit maintenant des élections à date fixe, cela ne porte pas atteinte à la prérogative du lieutenant-gouverneur de dissoudre l’Assemblée nationale avant l’expiration de la législature. La campagne pourrait donc aussi être déclenchée plus tôt », a-t-il conclu.

Rappelons que l’ancienne première ministre Pauline Marois avait d’ailleurs utilisé cette disposition en mars 2014 pour plonger le Québec en campagne électorale environ un an et demi après avoir été élue à la tête d’un gouvernement minoritaire.

À l’avantage du gouvernement

Or, déclencher la prochaine campagne électorale à la dernière minute serait à l’avantage du gouvernement, estime le directeur et chercheur principal du Groupe de recherche en communication politique de l’Université Laval, Thierry Giasson.

Ça nous indique peut-être que leur plan de campagne est bien ciblé et qu’ils veulent bénéficier des trous de la Loi électorale en matière de dépenses.

Thierry Giasson, directeur du Groupe de recherche en communication politique de l’Université Laval

En effet, une fois la campagne électorale déclenchée, les dépenses des partis politiques sont strictement encadrées, ce qui n’est pas le cas juste avant, « un immense problème » aux yeux de M. Giasson.

En Ontario comme au fédéral, toute dépense faite en période pré-électorale est considérée comme une dépense électorale, ce qui n’est pas le cas au Québec. Les partis ayant le plus de moyens peuvent ainsi en profiter pour diffuser davantage de publicité avant le début officiel des hostilités.

Dans une entrevue accordée à La Presse Canadienne et publiée mercredi, le directeur général des élections, Pierre Reid, a d’ailleurs fait part de ses « préoccupations » face à ce « bar ouvert » de publicité préélectorale. Il estime d’ailleurs qu’un resserrement de la Loi électorale s’impose afin d’assurer un équilibre entre les partis.

Lisez « Le Directeur général des élections veut “actualiser la loi électorale » »

Les oppositions prêtes

En coulisses, la nouvelle d’un déclenchement tardif n’a semblé surprendre personne dans l’opposition, alors que tous, ou presque, se préparaient à cette éventualité.

« On a hâte de partir en campagne. Enfin on va pouvoir débattre avec François Legault, qui s’est caché tout l’été et qui refuse les débats et les entrevues », a réagi le directeur des communications au cabinet de la cheffe du Parti libéral du Québec, Jeremy Ghio.

« Peu importe le nombre de jours, notre équipe est prête et nous sommes déjà sur le terrain partout au Québec. On va démontrer que Québec solidaire est l’alternative à la Coalition avenir Québec », a commenté pour sa part la directrice des communications du deuxième groupe d’opposition, Stéphanie Guévremont.

« On a hâte que ça commence ! », a affirmé le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon.

« La raison pour laquelle ils font ça, c’est pour avoir un avantage sur les autres partis de façon antidémocratique. Il fait tout pour qu’on ait le moins de temps possible. C’est dans la pleine continuité de la politique partisane de la CAQ », s’est insurgé de son côté le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime.