« C’est aberrant et inquiétant. » Le Bloc québécois dénonce la position du ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, sur le pipeline Keystone XL. L’oléoduc de 1947 kilomètres, qu’une administration Biden entend bloquer, sera une « priorité » dans les discussions avec les États-Unis, a déclaré l’élu fédéral cette semaine.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Voir un gouvernement qui se dit vert et pour la lutte contre les changements climatiques se positionner de la sorte, ça démontre que sa vraie priorité, c’est le pétrole, et non la transition énergétique », martèle la députée d’Avignon–La Mitis–Matane–Matapédia, la bloquiste Kristina Michaud.

Son parti somme le ministre de « revenir sur ses paroles » le plus rapidement possible. « Si le gouvernement est sérieux dans ce qu’il appelle la relance verte, c’est la moindre des choses de ne pas faire de cet oléoduc une priorité. On trouve ça inquiétant pour le Québec, qui a l’opportunité de devenir un chef de file en matière de transition, dans ses échanges avec les États-Unis », ajoute Mme Michaud.

Dimanche dernier, interrogé au sujet de l’intention de Joe Biden d’annuler les permis du pipeline, M. Champagne avait soutenu que cet enjeu était « une priorité à l’ordre du jour ». « Nous allons faire valoir notre point de vue en affirmant que le Canada est le fournisseur d’énergie le plus fiable des États-Unis », avait-il ajouté, en soulignant que les deux pays « travaillent ensemble depuis des décennies maintenant ».

PHOTO BLAIR GABLE, REUTERS

François-Philippe Champagne, ministre des Affaires étrangères

Je pense que ce qui s’est passé au cours des quatre dernières années, en [ce qui concerne] certaines de ces relations, nous pouvons le reconstruire.

François-Philippe Champagne, ministre des Affaires étrangères

En mai, la directrice de la campagne de Joe Biden, Stef Feldman, a déclaré que l’annulation du pipeline était « toujours la bonne décision » et que celle-ci était encore « plus importante aujourd’hui ». Il y a cinq ans, en 2015, Joe Biden était vice-président quand Barack Obama avait annoncé la suspension du permis de l’oléoduc Keystone XL. Depuis, il a de nouveau été autorisé par Donald Trump.

Pas de « plan précis », dénonce le Bloc

Kristina Michaud, elle, ne décolère pas. Elle dénonce au passage que le gouvernement du Canada n’ait même pas encore de « plan précis » pour arriver à son objectif de « zéro émission nette » de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2050. « Les prévisions les plus optimistes d’Environnement Canada nous disent qu’on a un manque à gagner important. On est très loin de cette cible », soulève la bloquiste.

Vendredi, des médias ont rapporté qu’Ottawa serait toutefois sur le point de s’engager « officiellement » à atteindre cet objectif, qui est une promesse de campagne de Justin Trudeau. Le gouvernement aurait l’intention de dévoiler une nouvelle loi sur la responsabilité climatique, dès la semaine prochaine.

« Le problème, c’est qu’on nous parle de plein de belles choses, mais qu’après un an de mandat, il n’y a rien de concrétisé. Ce sont des paroles creuses d’un gouvernement qui continue à dire qu’il est vert, sans vraiment l’être », réplique la bloquiste, qui appelle Ottawa à ne pas « négliger la crise climatique » sur le dos de la COVID-19.

S’il se concrétise, l’oléoduc Keystone XL transporterait 830 000 barils de pétrole brut par jour, de l’Alberta vers l’État américain du Nebraska, et de là jusqu’aux raffineries américaines du golfe du Mexique.