(Ottawa) La représentante inuk au sein du groupe de travail mondial pour une décennie d’action pour les langues autochtones de l’UNESCO, Aluki Kotierk, demande au Canada de faire de l’inuktitut une langue officielle au même titre que l’anglais et le français.

Publié le 11 janvier
Marie Woolf La Presse Canadienne

Mme Kotierk, qui est aussi présidente de l’organisme Nunavut Tunngavik Incorporated (NTI), chargé de protéger les droits et les intérêts des Inuits du Nunavut, estime qu’un tel geste démontrerait le réel engagement du Canada à protéger les langues autochtones.

Environ 70 % de la population du Nunavut parle l’inuktitut et il est reconnu comme une langue officielle du territoire. Toutefois, la majorité des enfants sont éduqués en anglais à l’école.

D’après Aluki Kotierk, c’est seulement en reconnaissant l’inuktitut comme langue officielle au Canada que les écoles obtiendraient les fonds et le soutien nécessaires pour enseigner dans la langue des Inuits comme c’est le cas pour les écoles anglophones ou francophones.

Cette reconnaissance permettrait du même coup d’assurer que tous les services essentiels, incluant les soins de santé, puissent être offerts en inuktitut.

À titre d’exemple, Mme Kotierk a raconté l’histoire d’une Inuk ayant tenté de communiquer avec le 911 pour obtenir du secours. Comme elle ne s’exprimait qu’en inuktitut, elle a été incapable de se faire comprendre. Pour Aluki Kotierk, cela doit changer.

Encore une fois, si le Canada reconnaît l’inuktitut comme langue officielle, des ressources suffisantes seraient allouées, croit-elle.

La leader inuk souhaite que le Canada s’inspire du Groenland, qui fait partie du Danemark, et dont la population est majoritairement inuite. Elle partage avoir été touchée de voir des panneaux de circulation en kalaallisut, la langue locale apparentée à l’inuktitut, lorsqu’elle s’y est rendue pour promouvoir les langues de l’arctique.

Un autre représentant du Canada au comité de l’UNESCO, l’Anicinabe Richard Kistabish, de la Première nation Abitibiwinni, au Québec, croit que tous les Canadiens devraient apprendre au minimum quelques mots des langues autochtones parlées dans leur région « en guise de reconnaissance » pour ces peuples qui étaient là en premier.

« C’est une question de principe », affirme-t-il.

M. Kistabish lui-même parle couramment l’anicinabemowin ainsi que le français et l’anglais.

Il ajoute que de pouvoir parler sa propre langue devrait être « un droit ».

Dans le cas de l’anicinabemowin, prévient-il, le temps presse puisque seulement 4000 à 5000 personnes le parlent toujours au Canada.

Clara Morin Dal Col, une leader métisse qui fait aussi partie du comité de l’UNESCO, tient à rappeler que le michif, né d’un mélange de français et de cri, est actuellement « grandement menacé ».

Elle souligne qu’il s’agit pourtant encore aujourd’hui de la première langue parlée dans certaines parties de la Saskatchewan et que la langue est aussi entendue en Alberta, en Colombie-Britannique, au Manitoba et dans d’autres régions du Canada. Malgré tout, la langue se meurt alors que ce sont principalement les aînés qui la parlent.

Clara Morin Dal Col suggère que la Décennie des langues autochtones serve à créer des banques d’archives d’enregistrements d’aînés parlant dans leur langue maternelle afin que le vocabulaire et la prononciation ne soient pas perdus et que des générations futures puissent les étudier.

« Nos aînés sont si importants pour la transmission de la langue. C’est très important d’enseigner notre langue et de l’archiver », plaide-t-elle.

Mme Morin Dal Col souligne que l’adoption de la Loi sur les langues autochtones, en 2019, a déjà fait beaucoup pour la renaissance du michif et d’autres langues. Elle espère maintenant que la Décennie des langues autochtones de l’UNESCO donne l’élan nécessaire pour faire plus.

Dans sa lettre de mandat du premier ministre, le ministre du Patrimoine Pablo Rodriguez a reçu la tâche de promouvoir et préserver les langues autochtones au Canada.

La députée néo-démocrate du Nunavut, Lori Idlout, qui a prêté serment en inuktitut, sa langue maternelle, a déclaré que « les langues des Premières Nations, des Inuits et des Métis sont essentielles pour le mode de vie de nos communautés et qu’elles constituent une importante partie de notre identité ».

Elle ajoute que les Autochtones « devraient avoir le droit d’éduquer leurs enfants dans leur langue ».

Décennie des langues autochtones 2022-2032

Cette année marque le début de la Décennie des langues autochtones de l’UNESCO dans laquelle le Canada joue un important rôle. Le Canada représente l’Amérique du Nord et l’Europe occidentale au sein du groupe de travail mondial.

Trois représentants y ont été nommés, soit une Inuk, un membre des Premières Nations et une Métisse tel que mentionné plus haut.