(Ottawa) Les chefs et les délégués de l’Assemblée des Premières Nations (APN) ont exprimé de concert des paroles solennelles et des prières de deuil, mardi, à la mémoire des enfants autochtones morts dans le système de pensionnats conçu pour leur assimilation.

Teresa Wright La Presse Canadienne

Cette ouverture de sommet virtuel a donné un ton sombre à l’assemblée devant mener à l’élection d’un nouveau grand chef.

La cérémonie d’ouverture traditionnelle de la 42e assemblée générale annuelle de l’APN a été modifiée pour intégrer des témoignages de tristesse, mais aussi de colère face aux récentes découvertes de sépultures anonymes sur d’anciens sites de pensionnats pour enfants autochtones.

Un aîné de la première nation Mississaugas du Credit, Garry Sault, a déclaré que, selon lui, les chefs devraient soutenir et réconforter leurs communautés et leurs membres alors que ceux-ci vivent un difficile moment de prise de conscience avec la confirmation de la présence de centaines de corps enterrés sans identification sur les sites d’anciens pensionnats.

« C’est avec tristesse que l’on doit accueillir cette conférence et trouver des moyens de discuter de réconciliation avec un gouvernement qui semble ne pas s’en soucier », a mentionné M. Sault.

« C’est à ce moment-ci que nous avons besoin de chefs forts qui peuvent nous rassembler dans un bon esprit permettant de transformer notre douleur en un appel à la justice pour ce qui est arrivé à notre peuple et pour ce qu’on a fait subir à tous ces enfants qu’on a mis en terre et qu’on n’a pas encore découverts », a-t-il poursuivi.

Le système de pensionnats pour enfants autochtones, créé par le gouvernement fédéral et géré par l’Église catholique, a été en fonction durant plus d’un siècle. Quelque 150 000 enfants autochtones ont été enrôlés de force dans ces institutions en les arrachant à leur famille et leur communauté.

Dans son rapport publié en 2015, la Commission de vérité et réconciliation du Canada a conclu que ce système constituait l’équivalent d’un génocide culturel. On y détaille les mauvais traitements infligés aux enfants, incluant des abus physiques, sexuels et psychologiques.

On compte maintenant plus de 4000 noms dans le Registre national de décès des élèves de pensionnats, tenu par le Centre national pour la vérité et la réconciliation.

La présomption générale que d’autres sépultures anonymes seront découvertes signifie que la douleur et le rappel des traumatismes vécus seront réels « et ça va devenir très difficile », a commenté à son tour devant l’assemblée le chef régional de l’Ontario Glen Hare.

« On a dit clairement que nos Premières Nations doivent prendre la responsabilité de prendre soin de nos enfants », a-t-il ajouté.

« Nous développons nos propres lois en matière de bien-être des enfants et il est temps que le gouvernement s’enlève de notre chemin. C’est notre responsabilité. C’est notre juridiction », a martelé le chef Hare.

Le chef de la première nation de Mississaugas du Credit, Stacey Laforme, a appelé à la solidarité entre les gens des premiers peuples à travers « la douleur et la colère ».

Il a profité de l’occasion pour réciter un poème écrit en hommage aux enfants qui ne sont jamais revenus des pensionnats.

« Le temps racontera leur histoire. J’éduquerai la société pour que leur mémoire soit préservée. Et quand on me demandera : “Que veut dire réconciliation ?” Je dirai que je veux les voir revivre. Je veux les voir vivre, grandir. Je veux entendre leurs rires, voir leurs sourires », a-t-il lu en concluant : « Donnez-moi tout cela et je vous accorderai la réconciliation ».

Hommage à Perry Bellegarde

Un hommage a été rendu au chef sortant de l’APN, Perry Bellegarde. Dans un message préenregistré, il a parlé de son appréciation des six dernières années passées à titre de porte-parole et défenseur des 634 Premières Nations de l’organisation, qui regroupe plus de 900 000 personnes.

« J’ai toujours cru qu’on triompherait en travaillant ensemble, en collaboration, en partenariat, en unité et en cérémonie, puis en développant des processus qui unissent plutôt que divisent », a-t-il mentionné.

Dans une série de messages publiés sur Twitter au cours des derniers jours, celui qui s’apprête à quitter la présidence de l’APN a voulu entretenir l’espoir et tendre la main aux allochtones du Canada.

« Nous savons tous qu’il reste encore du travail à faire. Je suis heureux de voir que les Canadiens, en particulier les jeunes, ont entamé un dialogue national sur la réconciliation auquel plusieurs ne pouvaient pas faire face auparavant. C’est un progrès », a-t-il notamment écrit.

Maintenant, il dit qu’il appartient aux Canadiens de suivre les prochaines étapes et de se renseigner sur ce qui est nécessaire pour poursuivre la réconciliation avec les peuples autochtones.

Il aimerait que tout le monde lise les rapports de la Commission de vérité et réconciliation et de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones assassinées et disparues, ainsi que les témoignages de survivantes des pensionnats, affirmant qu’il s’agit de « gestes faciles que tout le monde peut poser ».

« Nous avons besoin que tous les Canadiens s’engagent dans le chemin de la réconciliation. La meilleure histoire du Canada n’a pas encore été écrite. »

Sept candidats en lice

Sept candidats aspirent à la succession du chef national, dont trois femmes. L’APN n’a jamais été représentée par une femme.

Les candidats sont :

  • le grand chef de la nation Nishnawbe Aski Alvin Fiddler et la chef régionale sortante RoseAnne Archibald, de l’Ontario ;
  • Cathy Martin de la nation Listuguj Mi’gmag au Québec ;
  • le chef régional sortant Kevin Hart du Manitoba ;
  • le chef de la première nation de Muskowekwan, Reginald Bellerose, de la Saskatchewan ;
  • l’ancien chef de la première nation Tsuut’ina, Lee Crowchild, et Jodi Calahoo Stonehouse, directrice générale de la Yellowhead Indigenous Education Foundation, de l’Alberta.

Une résolution appelant à un report des élections a été longuement débattue, mardi. Certains chefs ont déploré l’incapacité à participer de certains collègues en Colombie-Britannique en raison d’évacuations liées aux incendies de forêt.

D’autres ont déploré la mauvaise qualité de la connexion à internet dans certaines communautés isolées. De plus, la charte de l’APN n’autoriserait pas les élections en ligne, ce qui pourrait poser problème si les résultats étaient contestés.

La résolution a toutefois été battue, ce qui confirme la tenue du vote à compter de mercredi.

On s’attend à ce que plusieurs scrutins soient nécessaires avant qu’un gagnant ne soit déclaré. Un candidat doit obtenir 60 % des suffrages exprimés pour gagner. Après chaque tour de scrutin, le candidat avec le moins de bulletins de vote sera éliminé jusqu’à ce qu’un gagnant soit désigné.