Les cas de traite des personnes ont augmenté de 44 % en 2019 à l’échelle du pays, montre un nouveau rapport de Statistique Canada paru mardi. Cette hausse marquée constitue un sommet inégalé depuis 2009.

Coralie Laplante
La Presse

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« En raison de la nature cachée de ce crime, la traite des personnes est difficile à détecter », affirme d’ailleurs l’organisation fédérale, en insistant sur le fait que les « données recueillies constituent une sous-estimation de son ampleur réelle ».

Dans le détail, les corps policiers ont enregistré 511 affaires de traite des personnes en 2019. L’année précédente, ce sont 315 cas qui ont été rapportés. Les données de 2019 s’inscrivent dans une tendance à la hausse observée depuis de nombreuses années. En fait, seule l’année 2018 fait exception, une baisse de 33 affaires de traite des personnes ayant alors été observée.

La traite des personnes est le fait « d’exercer un contrôle, une direction ou une influence sur les mouvements d’une personne en vue de l’exploiter ou de faciliter son exploitation », précise-t-on. Les personnes qui en sont victimes sont fréquemment aux prises avec des actes de violence physique, psychologique ou sexuelle.

L’Ontario et la Nouvelle-Écosse en tête

L’Ontario est particulièrement touché par la traite des personnes ; 62 % des cas ont été rapportés sur son territoire. De son côté, la Nouvelle-Écosse est aux prises avec le plus haut taux de cas de traite des personnes par habitant, soit 5,3 infractions pour 100 000 habitants.

Les grandes villes représentent le lieu où le plus de cas de traite des personnes sont recensés. Ce sont 85 % de ces crimes qui ont été rapportés dans les centres urbains de plus de 100 000 habitants en 2019.

Cette conclusion s’explique par la plus grande demande pour des services sexuels dans ces lieux, selon le rapport. « Il a par ailleurs été constaté que la vaste majorité des infractions liées au commerce du sexe au Canada sont commises dans les grandes villes », énonce le document.

La plupart des dossiers de traite des personnes ne sont pas liés à « d’autres infractions criminelles », selon le rapport. « Dans environ les deux tiers (65 %) des affaires de traite des personnes déclarées par la police, la traite des personnes représentait la seule infraction liée à l’affaire, tandis que l’autre proportion de 35 % mettait en cause d’autres crimes », note-t-on.

Les femmes davantage touchées

Ce sont deux victimes de traite des personnes sur trois qui sont des femmes, énonce Statistiques Canada. La grande majorité d’entre elles, 89 %, sont âgées de moins de 35 ans. À l’opposé, ce sont 83 % des auteurs présumés de ce crime qui sont des hommes, selon l’étude de 2019. De ce nombre, 65 % sont de jeunes adultes âgés de 18 à 34 ans.

Enfin, la majorité des victimes de la traite des personnes connaissaient préalablement leur agresseur. Ce sont uniquement 11 % des infractions qui sont commises par un individu étranger à la victime.

Il y a deux ans, Ottawa s’était engagé à verser 14,5 millions sur cinq ans pour lancer la Ligne d’urgence canadienne contre la traite des personnes, un service multilingue du Canadian Centre to End Human Trafficking. « Il y a encore énormément de gens qui croient que la traite des personnes se passe ailleurs, avait déclaré la directrice de l’époque, Barbara Gosse. En réalité, elle se produit dans des communautés de partout au pays. Et c’est une menace pour toutes les filles, les femmes, les hommes ou les garçons vulnérables. »

Avec La Presse Canadienne