(Ottawa) Satisfaite de la décision du nouveau président des États-Unis Joe Biden de révoquer le permis de construction de l’oléoduc Keystone XL sur le territoire américain, une coalition de groupes qui s’opposent au projet d’agrandissement du pipeline Trans Mountain au pays tient à battre le fer pendant qu’il est chaud.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Dans une lettre qui sera rendue publique mardi, la coalition presse le premier ministre Justin Trudeau d’emboîter le pas à la nouvelle administration à Washington en larguant à son tour le projet de construction de l’oléoduc Trans Mountain, qui doit relier la ville d’Edmonton, en Alberta, au port de Burnaby, près de Vancouver, en Colombie-Britannique.

« Alors que l’administration Biden se prépare à rejoindre l’accord de Paris sur le climat et à dévoiler le plan climatique le plus ambitieux de l’histoire américaine, le Canada sera laissé pour compte s’il ne concilie pas la contradiction qu’il a systématiquement ignorée depuis 2015 : on ne peut résoudre la crise climatique tout en développant les sables bitumineux et en construisant de nouveaux pipelines », affirme la coalition dans la lettre adressée au premier ministre Justin Trudeau et à tous ses ministres.

La Presse a obtenu cette lettre lundi. La coalition est constituée de groupes syndicaux, religieux, de professionnels de la santé, de scientifiques, de jeunes, d’écologistes, de citoyens, de justice sociale et d’autochtones. Ensemble, ces groupes représentent plus de 3,5 millions de Canadiens.

Le gouvernement Trudeau a décidé en mai 2018 d’acheter l’oléoduc Trans Mountain pour la somme de 4,5 milliards de dollars de Kinder Morgan après que la société américaine eut exprimé l’intention d’abandonner le projet d’agrandissement du pipeline en raison des batailles juridiques menées par la province de la Colombie-Britannique, des groupes autochtones et des groupes environnementalistes.

L’agrandissement de l’oléoduc doit permettre d’en tripler la capacité pour la faire passer de 300 000 barils par jour à quelque 900 000 barils. Les travaux de construction ont commencé à l’automne 2019 et devraient coûter 12,6 milliards de dollars. Le gouvernement Trudeau a l’intention de privatiser l’oléoduc une fois sa construction terminée.

Si le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau persiste à aller de l’avant avec ce projet, des membres de la coalition ont la ferme intention d’en faire un enjeu majeur des prochaines élections fédérales, qui pourraient être déclenchées au printemps.

« Il est évident que ce projet-là entraînerait l’expansion de la production de pétrole des sables bitumineux. C’est la principale source d'augmentation des émissions au pays, et le pétrole et le gaz sont le principal secteur émetteur, et c’est certain que ça vient plomber tout le discours vert du gouvernement quant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre », a opiné Patrick Bonin, porte-parole et responsable de la campagne Climat-Énergie de Greenpeace Canada à Montréal.

« Il y a des revendications claires de la part de la coalition et ce sera clairement un enjeu électoral », a-t-il ajouté.

Lundi, le Parti conservateur a réclamé et obtenu un débat d’urgence en soirée à la Chambre des communes afin d’établir la réponse adéquate du gouvernement canadien à la suite de la décision du président Joe Biden de révoquer le permis de construction de l’oléoduc Keystone XL.