(Ottawa) Plus de six ans après le premier déploiement de troupes canadiennes au Moyen-Orient pour aider à combattre le Daech (Groupe armé islamique), des centaines de militaires des Forces armées canadiennes sont toujours présents dans la région.

Lee Berthiaume
La Presse Canadienne

Plus de six ans après le premier déploiement de troupes canadiennes au Moyen-Orient pour aider à combattre le Daech (Groupe armé islamique), des centaines de militaires des Forces armées canadiennes sont toujours présents dans la région.

L’intervention canadienne est à la croisée des chemins. Plusieurs questions se posent sur son avenir. Combien de temps resteront-ils dans cette région après le mois de mars ? Pourquoi resteraient-ils ?

Plus de 500 militaires canadiens sont répartis dans plusieurs pays. Leur mission devrait se terminer le 31 mars. La majorité d’entre eux se trouvent au Koweït et en Irak.

La fin de l’exercice financier fédéral marquera l’expiration du financement de 1,39 milliard pour l’intervention et l’aide étrangère dans la région.

Le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, dans une récente entrevue avec La Presse canadienne, a refusé de dire si l’intervention serait prolongée. Il a plutôt souligné que le Canada continuerait d’être « un partenaire fiable » pour ses alliés et les pays de la région.

Il a également déclaré que le gouvernement fondera sa décision sous la garantie que « les gains obtenus de haute lutte » réalisés les années précédentes ne seront pas perdus, particulièrement en Irak.

« Il y aura des décisions à prendre pour s’assurer que l’Irak est capable de voler de ses propres ailes et d’empêcher que quelque chose de ce genre se reproduise. »

Le Canada a déployé pour la première fois des troupes au Moyen-Orient en octobre 2014 dans le cadre d’une coalition dirigée par les États-Unis pour empêcher Daech de transformer de vastes étendues de l’Irak et de la Syrie en un califat, d’où il pourrait lancer des attaques terroristes contre l’Occident.

Des dizaines de soldats des forces spéciales, ont l’un a été tué par un présumé tir ami provenant des forces kurdes alliées en mars 2015, et des pilotes ont participé à cette intervention qui a arrêté les progrès de Daech en Irak.

L’intervention a évolué lorsque les combats se sont transformés en une insurrection plus traditionnelle, les membres de Daech étant obligés de se cacher et de lancer des attaques isolées dans le pays.

Un nombre non divulgué de soldats des forces spéciales aident les Irakiens à trouver et à éliminer les cellules de Daech, selon le commandement.

L’intervention a aussi impliqué des conseillers militaires canadiens qui travaillent avec leurs homologues irakiens à la formation des soldats de base et à la planification stratégique de haut niveau. Un officier canadien a même dirigé la plus grande mission de formation de l’OTAN pendant deux ans avant que le Danemark prenne le relais en novembre.

La menace persiste

Les experts craignent que Daech, même affaibli, demeure une menace si la pression n’est pas maintenue.

« Même si [Daech] est maintenant affaibli, il ne fait aucun doute que les conditions de son éventuelle renaissance existent toujours », dit Thomas Juneau, un expert du Moyen-Orient à l’Université d’Ottawa.

Selon les spécialistes, le retrait rapide des États-Unis du territoire irakien en décembre 2011 a laissé un vide qui a permis à Daech de progresser. La communauté internationale a dû intervenir à nouveau dans les affaires internes du pays.

De nombreux défis menacent encore la paix et la stabilité en Irak, notamment des divisions séculaires à l’intérieur du pays et le conflit latent entre les États-Unis et l’Iran.

Bessma Momani, un spécialiste du Moyen-Orient à l’Université de Waterloo, pense que le Canada maintiendra des troupes en Irak, pour faire échec à l’influence croissante de l’Iran et empêcher la « désintégration » de l’Irak.

L’intervention militaire canadienne en Irak a déjà changé au cours des deux dernières années pour inclure ces autres objectifs comme empêcher l’Iran de prendre le contrôle du pays, même si Ottawa ne l’a pas dit tout de suite.

« Du point de vue américain, il est très clair que l’un des objectifs de cette intervention est de renforcer l’État irakien pour l’empêcher de se trouver encore plus sous l’influence de l’Iran qu’il ne l’est déjà », souligne M. Juneau.

Biden aux commandes

Quelle sera l’approche du nouveau président américain Joe Biden à l’égard du Moyen-Orient et de l’Irak, ce qui influencera sans aucun doute la décision du Canada ?

Sous les ordres du président défait Donald Trump, les États-Unis ont commencé à retirer leurs troupes cette année.

Le Canada a également commencé à réduire son empreinte. Les effectifs dans la région sont passés de 800 à 500 au cours de l’été. Selon le commandement canadien, cette réduction s’explique par le besoin moindre de formation en Irak.

On ne sait pas comment l’administration Biden abordera l’Irak et la région, mais les professeurs Juneau et Momani pensent que les États-Unis resteront engagés. Elle cherchera des alliés pour continuer à jouer un rôle, ce qui sera un autre facteur dont les responsables canadiens devront tenir compte.