(Winnipeg) Le gouvernement Trudeau écarte l’idée de remettre aux autorités chinoises la dirigeante du géant des télécommunications Huawei Meng Wanzhou afin d’obtenir la libération de deux Canadiens détenus depuis plus d’un an en Chine.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

L’idée de procéder à une sorte « d’échange de prisonniers » avec Pékin a été évoquée par l’ancien premier ministre Jean Chrétien et certains de ses proches collaborateurs alors qu’il était au pouvoir comme Eddie Goldenberg.

La vice-première ministre et ministre responsable des Affaires intergouvernementales, Chrystia Freeland, a affirmé lundi en marge de la retraite du cabinet fédéral à Winnipeg que la libération des deux Canadiens, Michael Korvig et Michael Spavor, est la priorité absolue du gouvernement canadien. Elle a souligné qu’aucun n’effort n’est ménagé pour qu’ils puissent rentrer au Canada afin de retrouver leurs familles.

Mais le Canada est un pays qui adhère à la primauté du droit et il a la ferme intention de respecter ses obligations découlant du traité d’extradition qu’il a signé avec les États-Unis.

« La grande priorité de tout le monde au sein du gouvernement, du premier ministre, de l’ambassadeur Dominic Barton, de l’excellent ministre des Affaires étrangères François-Philippe Champagne et pour moi, est le bien-être et la libération de Michael Korvig et Michael Spavor. C’est au coeur de tout le travail que nous faisons », a affirmé Mme Freeland en mêlée de presse.

« Notre gouvernement a été clair que nous sommes un État de droit et que nous honorons nos engagements liés aux traités d’extradition. C’est ce que nous devons faire et c’est ce que nous allons faire », a-t-elle ajouté.

Dans un texte publié récemment dans le Globe and Mail, l’ancien proche collaborateur de Jean Chrétien Eddie Goldenberg a défendu l’idée de procéder à un échange de prisonniers. Le mois dernier, l’ancien ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Chrétien, John Manley, avait aussi endossé cette idée.

Mme Freeland a tenu ces propos alors que Meng Wanzhou était de retour devant le tribunal lundi pour tenter d’éviter son extradition vers les États-Unis.

La directrice financière du géant chinois Huawei, qui est aussi la fille du fondateur de l’entreprise Ren Zhengfei, est accusée par les autorités américaines de fraude et d’avoir contourné les sanctions de Washington contre l’Iran.

PHOTO LINDSEY WASSON, REUTERS

Meng Wanzhou était de retour devant le tribunal lundi pour tenter d’éviter son extradition vers les États-Unis.

Arrêtée le 1er décembre 2018 lors d’une escale à Vancouver, Meng Whanzhou, 47 ans, est en liberté surveillée et vit dans une luxueuse résidence lui appartenant dans la métropole canadienne.

Son arrestation a provoqué une grave crise entre la Chine et le Canada. Quelques jours plus tard, deux Canadiens, l’ex-diplomate Michael Kovrig et l’homme d’affaires Michael Spavor, étaient arrêtés par la Chine et accusés d’espionnage. Les autorités chinoises ont ensuite gelé des milliards de dollars d’importations de produits agricoles canadiens.

Washington accuse Meng Whanzou d’avoir menti à la banque HSBC sur la relation entre Huawei et Skycom, une filiale qui vendait des équipements de télécoms à l’Iran, ce qui exposait la banque au risque de violer les sanctions américaines contre Téhéran. La principale intéressée a pour sa part toujours démenti ces allégations. « Les États-Unis et le Canada sont en train d’abuser de leur traité bilatéral d’extradition », a estimé un porte-parole de la diplomatie chinoise, Geng Shuang, lors d’une conférence de presse à Pékin.

Le fondateur de Huawei avait estimé dans une entrevue au Globe and Mail que sa fille « était utilisée comme un pion » par Washington dans son bras de fer avec le géant des télécoms. Les États-Unis soupçonnent le groupe de liens avec le gouvernement chinois et éventuellement d’espionnage.

La semaine d’audiences qui commence lundi à Vancouver doit être consacrée à la question de la « double incrimination » : pour pouvoir être extradée aux États-Unis, Mme Meng doit y être poursuivie pour un délit également punissable au Canada. Pour le ministère public, c’est bien le cas et cela justifie le processus d’extradition.

Les avocats de Mme Meng devraient plaider au contraire qu’il n’y a pas de fraude et que leur cliente ne peut être extradée, car une éventuelle violation des sanctions américaines contre l’Iran ne constitue pas un délit au Canada.

- Avec AFP