Ottawa précise enfin ses critères finaux d’évaluation en vue de la sélection du fabricant qui remportera le contrat très lucratif – qui pourrait atteindre plus de 15 milliards – du remplacement de la flotte de CF-18 des Forces armées canadiennes.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Après des mois d’échanges « intenses », les quatre seuls avionneurs en lice (SAAB, Airbus, Boeing et Lockheed Martin) ont finalement appris aujourd’hui les détails de l’appel d’offres attendu visant l’acquisition de 88 avions-chasseurs. Il s’agit du plus important investissement dans l’Aviation royale canadienne en plus de 30 ans.

« Nous franchissons une étape importante », a affirmé le sous-ministre adjoint des approvisionnements maritimes et de défense de Services publics et Approvisionnement Canada, André Filion, en entrevue à La Presse. Depuis 2017, Ottawa échange avec « les fournisseurs admissibles » pour leur permettre d’être « bien positionnés » pour participer.

« La démarche a été amorcée en décembre 2017 », a poursuivi M. Fillion, qui cite des dizaines de rencontres avec des acteurs de l’industrie, des visites aux installations des bases miliaires aériennes et des « milliers de commentaires » et « changements » pour atteindre l’objectif du gouvernement fédéral de renouveler sa flotte de CF-18 à un prix compétitif.

La valeur du projet est estimée entre 15 et 19 milliards, ce qui inclut « tous les coûts », dont la construction des nouveaux appareils et l’achat de pièces de rechange. Le premier aéronef pourrait être livré en 2025, selon les estimations d’Ottawa.

Le 8 juillet dernier, l'agence Reuters révélait, citant des sources anonymes, qu’Airbus et Boeing songeaient à se retirer du processus concurrentiel sous prétexte qu’il favorisait le fabricant américain Lockheed Martin et son fameux F-35.

« Les quatre soumissionnaires sont toujours impliqués », a confirmé aujourd’hui le sous-ministre adjoint à la Défense nationale, Patrick Finn. « Il y a eu des échanges avec des fournisseurs qui sont assez typiques », a-t-il précisé, assurant du même souffle qu’aucun acteur n’a indiqué à Ottawa « qu’il allait se retirer ».

« Il y en a certains qui nous ont fait le commentaire qu’il y avait des aspects de l’appel d’offres [préliminaire] qui étaient problématiques pour eux », a ajouté M. Finn sans indiquer lesquels. « C’est [dans ce contexte] que nous avons fait plusieurs modifications pour être certains qu’on pouvait répondre à leurs commentaires ».

Poids des retombées économiques

Ottawa se targue d’attribuer une pondération des « plus élevées », soit 20 %, pour le critère des retombées économiques du contrat. « C’est très rare qu’on donne autant de poids aux retombées économiques. Nous avons mis une emphase particulière là-dessus étant donné l’importance de l’acquisition », admet M. Fillion.

« Ça va forcer les soumissionnaires à faire des partenariats avec des entreprises canadiennes et générer du travail au Canada », a-t-il ajouté. Déjà, des fournisseurs dans la course proposent des partenariats avec des entreprises canadiennes. L’entreprise CAE, par exemple, est notamment partenaire des projets proposés par Boeing et Airbus.

Les propositions des soumissionnaires seront également évaluées en fonction des exigences du mérite technique (60 %) et du coût total du projet (20 %). Ottawa maintiendra sa formule initiale préconisant les échanges avec les soumissionnaires pour les prochaines étapes alors que les fournisseurs auront deux occasions pour présenter leur plan.

L’offre de sécurité devra être soumise à l’automne et à la suite des commentaires d’Ottawa, les soumissionnaires pourront modifier et soumettre à nouveau leur offre au printemps 2020. À ce moment également, ils auront l’occasion de « combler les lacunes » de leur proposition en ce qui concerne les critères obligatoires.

« Plutôt que d’être rejetés d’emblée parce qu’ils ne satisfont pas aux exigences obligatoires, les soumissionnaires recevront une rétroaction du Canada afin qu’ils puissent corriger les aspects non conformes. Cette approche a déjà été utilisée dans le cadre d’autres grands approvisionnements fédéraux et s’est avérée efficace pour maintenir un niveau élevé de concurrence », a fait savoir Services publics et Approvisionnement Canada.  

L’attribution du contrat est prévue pour le début de 2022.

En 2010, l’ancien premier ministre Stephen Harper avait annoncé l’achat, sans appel d’offres, de chasseurs F-35 à l’entreprise Lockheed Martin. Des coûts plus élevés que ceux estimés au départ ont notamment poussé Stephen Harper à mettre un terme à ses visées.

Lors de son élection en 2015, le premier ministre Justin Trudeau a promis de relancer le processus, cette fois-ci, en déclenchant un appel d’offres « transparent » pour renouveler la flotte de CF-18 au meilleur coût possible.