(Québec) François Legault s’en va parler d’immigration à la rencontre estivale du Conseil de la fédération, qui s’ouvre mardi à Saskatoon.

Caroline Plante
La Presse canadienne

Il veut que les provinces s’unissent pour demander au gouvernement fédéral d’accepter plus d’immigrants économiques — et donc moins de réfugiés, par exemple — afin de contrer la pénurie de main-d’œuvre.

À l’heure actuelle, les provinces accueillent grosso modo 60 % d’immigrants économiques, contre 40 % de réfugiés et de personnes issues du programme de réunification familiale.

En vertu d’une entente Ottawa-Québec, le Québec peut choisir ses immigrants économiques, mais aucune autre province ne jouit de ce privilège.

Le 19 juin dernier, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a révélé que de tous les pays du monde, c’est le Canada qui a admis l’an dernier le plus grand nombre de réfugiés réinstallés.

Le rapport annuel sur les tendances mondiales du HCR montre que le Canada a accueilli 28 100 des 92 400 réfugiés réinstallés dans 25 pays en 2018, soit une part de 30 %.

Le rapport ajoute par ailleurs que plus de 18 000 réfugiés sont devenus citoyens canadiens l’année dernière, soit le deuxième taux le plus élevé dans le monde.

Selon M. Legault, les premiers ministres pourraient faire front commun pour que le Canada augmente la proportion d’immigrants économiques.

« J’ai commencé à parler aux autres premiers ministres à savoir est-ce qu’on pourrait augmenter le pourcentage d’immigration économique, et donc réduire le pourcentage d’immigration qui va pour les réfugiés et pour la réunification familiale, a-t-il déclaré lundi. Moi, j’ai bon espoir qu’on réussira à faire un consensus avec tous les premiers ministres des provinces.

«La prospérité de chacune des provinces va beaucoup dépendre du choix qu’on fait des immigrants qui viennent au Canada. Donc, ça va être pour moi un sujet très très important », a-t-il ajouté.

Première présence de Legault

Le Conseil de la fédération regroupe les premiers ministres des 13 provinces et territoires. Il permet aux premiers ministres de travailler en collaboration et de tisser des liens plus étroits.

Ce sera la première rencontre de ce type pour François Legault, qui avait passé quelques heures en décembre à discuter avec les autres premiers ministres, lors d’une réunion à Montréal.

Quel type de contribution veut-il apporter au Conseil de la fédération ? « Une contribution économique », a-t-il signifié lorsque la question lui a été posée en juin.

Il veut notamment convaincre l’Ontario d’acheter de l’hydroélectricité québécoise, et travailler avec les premiers ministres pour augmenter les exportations. « Bon, il y a des questions qui se posent sur la Chine », a-t-il également fait valoir.

Rappelons que la scène politique a passablement changé depuis un an. Des premiers ministres conservateurs dirigent actuellement l’Alberta, le Manitoba, l’Ontario, le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard.

L’horaire officiel de la rencontre, publié lundi, prévoit des discussions sur « la croissance économique et la compétitivité, incluant l’immigration économique, le commerce, les infrastructures stratégiques et le renforcement de l’Arctique ».

« Pour créer plus d’emplois au Canada, nous devons travailler ensemble à éliminer les barrières au commerce intérieur […] et diversifier nos marchés d’exportation », a déclaré le premier ministre de la Saskatchewan, et hôte de la rencontre, Scott Moe.

Les premiers ministres discuteront également de la viabilité des soins de santé, de la santé mentale et des dépendances, a-t-il indiqué par communiqué.

« Le déclin constant de l’engagement financier du gouvernement fédéral pour les soins de santé a de nombreuses conséquences pour les provinces », a poursuivi M. Moe.

Discours nationaliste ?

De toute évidence, M. Legault sera sous haute surveillance des partis d’opposition à Québec, qui porteront une attention particulière au choix des mots.

Les porte-parole en matière de relations canadiennes de Québec solidaire (QS) et du Parti québécois (PQ), Sol Zanetti et Véronique Hivon, disent vouloir entendre un premier ministre « nationaliste », puisque c’est ce qu’il a promis d’être.

« Il a un gros fardeau de la preuve sur les épaules, lui qui dit qu’il va faire des gains sans précédent pour le Québec, a déclaré Mme Hivon en entrevue téléphonique. Il doit exporter son discours nationaliste et le rehausser d’un cran, je dirais, lors de cet exercice-là. »

En matière d’énergie, M. Legault devra « résister aux pressions des provinces pétrolières », qui souhaitent faciliter le transport du pétrole au pays en passant potentiellement sur le territoire québécois, et affirmer haut et fort que les évaluations environnementales doivent être faites dans le respect des lois québécoises, ajoute-t-elle.

De son côté, M. Zanetti se dit curieux de voir si M. Legault se comportera en « premier ministre provincial ». Il s’inquiète lui aussi de voir M. Legault plier l’échine devant les premiers ministres conservateurs dans le dossier de l’énergie.

« (Ils) font vraiment une alliance qui est toxique, je pense, pour la planète à cause de leurs préjugés favorables à l’exploitation des hydrocarbures au Canada, a-t-il dit. Le Québec va continuer de subir de la pression. Il en subit déjà. Moi j’espère que le premier ministre du Québec va mettre l’intérêt de la planète avant tout. »