(Ottawa) Même si on craint dans certaines capitales les représailles de membres du groupe armé État islamique (EI) après la mort de leur leader, dimanche, Ottawa ne hausse pas d’un cran le «niveau national de la menace terroriste pour le Canada».

Lee Berthiaume
La Presse canadienne

Le président Trump a annoncé sur un ton provocateur, dimanche, qu’Abou Bakr al-Baghdadi s’était fait exploser, avec trois de ses enfants, au cours d’une opération des forces spéciales américaines en Syrie, pendant la nuit.

Le premier ministre Justin Trudeau a qualifié la mort d’Al-Baghdadi de «grande étape dans le combat contre Daech [l'acronyme arabe de l'EI]», amorcé il y a près de cinq ans par des forces de coalition. Sur Twitter, M. Trudeau a écrit que «le Canada continuera de travailler avec ses partenaires pour assurer la défaite permanente de Daech, notamment dans la coalition mondiale, l’opération IMPACT et la mission de formation de l’OTAN en Irak».

Le Canada, qui participe activement à la lutte contre le groupe extrémiste depuis octobre 2014, compte actuellement 850 militaires en Irak et dans la région — des membres des forces spéciales, des instructeurs militaires, du personnel médical et des équipages pour les hélicoptères de transport et les aéronefs.

L’Égypte et les Philippines, notamment, ont renforcé la sécurité après la mort d’Al-Baghdadi, craignant que sa disparition, l’opération militaire qui y a mené et la description qu’en a faite le président Trump puissent pousser des partisans de l'EI à se venger. Malgré ces craintes de représailles, le cabinet du ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a indiqué lundi que le «niveau national de la menace terroriste pour le Canada» n’avait pas bougé.

Un attentat «pourrait survenir»

Le niveau de menace terroriste représente la probabilité d’un attentat au Canada, en fonction du renseignement disponible. Le niveau actuel, «modéré», en vigueur depuis cinq ans, signifie qu’un attentat terroriste violent «pourrait survenir». Le niveau suivant, «élevé», signifierait qu’un tel attentat «va probablement survenir», alors qu’un niveau «critique» voudrait dire qu’un attentat serait «très probable et pourrait être imminent».

La mort d’Al-Baghdadi a eu un impact minime sur les opérations de l’armée canadienne dans la région, a déclaré la capitaine Leah Campbell, du Commandement des opérations interarmées du Canada. Elle a toutefois refusé de discuter de détails spécifiques, pour des raisons de sécurité.

Bien qu’il soit vraisemblable que la mort d’Al-Baghdadi puisse être le catalyseur que les sympathisants de l'EI au Canada attendaient afin de passer à l’action, Thomas Juneau, professeur à l’Université d’Ottawa, rappelle qu’«historiquement, il n’est pas clair qu’il existe un lien entre la mort d’un dirigeant et des attentats représailles». Il estime par ailleurs que le Canada «ne dispose pas d’assez de données pour savoir d’une manière ou d’une autre» qu’un tel attentat pourrait être commis au pays.

Le professeur Juneau, qui a étudié la manière dont est déterminé le niveau national de la menace terroriste, conclut par ailleurs qu’il est en grande partie libre de toute politisation.

«Modéré» depuis les attentats de 2014

PC

Un sympathisant de l'EI a commis un attentat devant le Monument commémoratif de guerre du Canada, à Ottawa.

Le niveau national de menace terroriste était passé à «modéré» en octobre 2014, lorsqu’un sympathisant de l'EI a heurté mortellement l’adjudant Patrice Vincent à Saint-Jean-sur-Richelieu, en représailles à l’envoi par le Canada de militaires et d’avions pour combattre le groupe extrémiste en Irak. Le lendemain, un autre sympathisant de l'EI abattait le caporal Nathan Cirillo devant le Monument commémoratif de guerre du Canada, à Ottawa, avant de prendre d’assaut l’édifice du parlement, où il a été abattu par les forces de sécurité.

Le Canada a connu quelques autres incidents liés à l'EI au fil des ans. En août 2016, des policiers fédéraux ont abattu Aaron Driver, âgé de 24 ans, à Strathroy, en Ontario, au moment où il déclenchait un engin explosif dans un taxi. Un drapeau de l'EI a aussi été retrouvé dans le camion d’un homme d’Edmonton reconnu coupable la semaine dernière d’avoir heurté quatre passants et d’avoir poignardé un policier en septembre 2017.

La mort d’Al-Baghdadi intervient presque cinq ans jour pour jour après que le Canada et plusieurs alliés eurent envoyé des soldats, des avions de combat et d’autres moyens militaires en Irak et dans la région environnante pour empêcher l'EI d’étendre son «califat islamique», régi par la barbarie et la terreur.

Les tentatives de l'EI ont été battues en brèche avec l’aide des forces locales et tout le territoire que le groupe extrémiste avait revendiqué pour son califat a été depuis libéré. Néanmoins, le groupe continue de représenter une menace en se réfugiant dans la clandestinité et en se tournant vers les attentats au Moyen-Orient.

On craint également que des milliers de combattants de l'EI arrêtés par les forces kurdes dans le nord-est de la Syrie puissent être libérés et se regroupent, dans le chaos qui a suivi la décision surprise du président Trump de retirer les troupes américaines et après l’offensive militaire turque dans cette région.