«Qui n'a pas fait sa job?» Le maire Denis Coderre donne jusqu'à mercredi au contrôleur général pour faire la lumière sur les ratés dans le déneigement de la dernière tempête, suscitant des milliers de plaintes à la Ville de Montréal. L'opposition l'accuse d'orchestrer une «chasse aux sorcières» plutôt que de chercher de véritables solutions.

Mis à jour le 15 janv. 2015
Pierre-André Normandin LA PRESSE

La métropole a présenté hier un premier bilan des opérations de déneigement dans la foulée de la tempête qui l'a frappée au début du mois. On y apprend que près de 3100 citoyens se sont plaints au 311 de l'entretien des rues, en particulier dans les deux jours suivant la tempête.

Ce sont principalement les trottoirs glissants qui ont fait l'objet des plaintes, notamment dans le Sud-Ouest et Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension. C'est à Saint-Laurent, Ahuntsic-Cartierville et Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles que l'on a le plus déploré l'état de la chaussée.

Il a fallu attendre trois jours après la tempête pour que, estime Montréal, on reprenne «le contrôle des trottoirs», le nombre de plaintes ayant alors diminué.

Insatisfaite de la réponse à la tempête, l'administration Coderre a demandé un audit au contrôleur général, dont les résultats sont attendus mercredi prochain.

«Je veux savoir qui n'a pas fait sa job. Il n'y a pas d'arguments contre quelqu'un qui pique une plonge», a tonné Denis Coderre.

Pour le maire, pas besoin de prendre des mois pour étudier la question: «On sait c'est quoi le problème: c'est glissant, on tombe», a-t-il résumé. M. Coderre veut principalement établir si les arrondissements, responsables du déneigement, ont suffisamment épandu de sel et d'abrasifs en prévision de la tempête.

Après tout, la Ville a reconnu avoir été prévenue plus de quatre jours auparavant qu'un cocktail de neige et de pluie verglaçante frapperait l'agglomération. «Déjà, le 31 décembre, l'ensemble des responsables du déneigement a été avisé des prévisions météo qui annonçaient de la neige suivie de pluie. Ce n'est pas une tempête qu'on n'a pas vue venir», a reconnu Guylaine Brisson, directrice du Service de concertation des arrondissements.

Le maire veut en outre savoir pourquoi, plus d'une semaine après la tempête, les rues restent couvertes d'une couche de glace. «Cette glace est aussi grave que les nids-de-poule, ça crée le même problème», estime-t-il. Un fonctionnaire a indiqué que la Ville attendait un redoux pour épandre du sel - celui-ci n'étant pas efficace sous la barre des -15 °C - et gratter la surface des chaussées pour la dégager.

Malaise

L'opposition officielle dénonce la sortie du maire, se disant mal à l'aise de le voir parler sur ce ton à des fonctionnaires venus lui faire état de la situation. «Ce n'était pas élogieux. Les fonctionnaires arrivent, font leur présentation, les autres membres du comité exécutif ne trouvent rien à redire, mais le maire fait un effet de toge, dit que «rien de ça est bon, trouvez-moi un coupable» », déplore le conseiller Guillaume Lavoie.

Projet Montréal déplore que le maire soit plus enclin à «faire une chasse aux sorcières» qu'à trouver de véritables solutions. Guillaume Lavoie regrette ainsi d'entendre le maire dire qu'il n'a «rien à foutre» des arguments de Luc Ferrandez sur les problèmes de conventions collectives, qui expliquent selon lui un fort taux d'absentéisme des cols bleus lors de la dernière tempête.

Favorable à l'audit lancé par la Ville, le chef de Coalition Montréal et maire du Sud-Ouest, Benoit Dorais, juge lui aussi excessive la réaction du maire. «Le problème, ce n'est pas que quelqu'un n'a pas fait sa job, c'est que les résultats n'ont pas été au rendez-vous», dit-il. 

En tant que maire d'arrondissement, Benoit Dorais se dit bien placé pour comprendre les ratés, son arrondissement étant celui où les plaintes ont été les plus nombreuses. «On avait un excellent plan de match qui s'est révélé inadéquat», a-t-il dit. Le Sud-Ouest a commencé trop rapidement l'épandage d'abrasifs sur ses trottoirs, si bien qu'il n'a pas fonctionné. «On est partis trop tôt et ça n'a pas fonctionné.»

Ode à la lenteur à Pierrefonds

L'arrondissement Pierrefonds-Roxboro, qui a terminé son déneigement avec quatre jours de retard par rapport aux autres, dit ne pas avoir à rougir de sa performance. L'administration locale explique avoir privilégié le déglaçage de ses rues et trottoirs, quitte à retarder le chargement de la neige. «Afin d'assurer la sécurité des rues et des trottoirs, l'arrondissement a décidé d'adopter une stratégie, qui s'est avérée un succès. Nous avons concentré le travail de toutes nos équipes sur les opérations de déglaçage, d'épandage d'abrasifs et de tassement de la neige en premier», a indiqué Bassam Chaarani, porte-parole de Pierrefonds. L'arrondissement a seulement reçu 12 plaintes au 311 pour l'état de ses trottoirs.