Il y a trop de français au centre commercial Fairview. C'est du moins le point de vue d'un résidant de Dorval qui réclame plus d'affichage bilingue et qui, pour arriver à ses fins, y va de manifestations et d'appels au boycottage.

Louise Leduc LA PRESSE

Au centre commercial Fairview comme dans d'autres du genre, les noms des magasins sont en grande majorité en anglais et en anglais seulement, en contravention avec la Charte de la langue française.

Mais les affiches annonçant les soldes, du genre «Achetez-en un, obtenez le deuxième gratuitement»? Toutes en français ou à peu près, et c'est ce qui fait tiquer Murray Levine.

«Il faut respecter la majorité des clients et la majorité des clients, dans l'ouest de l'île, parle anglais», dit-il en entrevue.

«Je suis vieux maintenant et je porte des lunettes, alors ça me conviendrait très bien que les lettres soient deux fois plus petites, mais par courtoisie pour la clientèle anglophone, oui, je veux des versions anglaises», réclame M. Levine.

Pour M. Levine, c'est le temps d'agir parce que «c'est le temps de l'année le plus occupé et que Fairview est vulnérable».

Au départ, l'appel au boycottage touchait le centre commercial dans son ensemble, mais M. Levine entend maintenant cibler des boutiques en particulier.

Pas seul dans son camp

La croisade d'un seul homme? À trois reprises, il a été bien seul pour manifester. La dernière fois, ils étaient trois. Mais voilà que l'affaire commence à faire boule de neige. Les médias anglophones se sont emparés de l'affaire et sur Facebook, plus de 300 personnes se sont jointes à son groupe appelant au boycottage.

Sur la page Facebook de l'appel au boycottage, des citoyens signalent qu'ils refusent par principe de poser le pied dans certains magasins depuis plusieurs mois déjà, précisément en raison de l'unilinguisme de l'affichage.

Ce mouvement parti de rien fait en sorte que les plaintes se multiplient auprès de l'administration du centre commercial, confirme Christian Vézina, directeur général de Fairview.

M. Vézina explique que les commerçants ont été interpellés à ce sujet, mais qu'il s'agit de décisions d'entreprises. «Pour notre part, toutes nos communications - y compris sur le site web - sont faites dans les deux langues», précise M. Vézina.

Réactions diverses

«Beaucoup de nos clients se plaignent que nos affiches sont seulement en français», confirme Vanessa, qui travaille au centre commercial Fairview.

Marilyn (qui a elle aussi préféré taire son nom de famille) explique qu'elle s'est habituée à des affiches unilingues en français, mais que ça lui complique la vie. «Pour profiter des spéciaux, je suis obligée de m'en remettre aux dépliants que je reçois à la maison. Je ne comprends pas pourquoi c'est comme cela: la loi permet pourtant l'anglais dans l'affichage.»

«C'est ridicule de faire du chichi là-dessus, lance Jasmine McDougall, une jeune femme parfaitement bilingue de père anglophone et de mère francophone. Le service à la clientèle doit être courtois et respectueux, les vendeurs doivent être capables de s'exprimer dans les deux langues, mais pour le reste, il faut quand même reconnaître que le Québec, c'est français.»

Rappelons que la Charte de la langue française n'interdit pas l'affichage en anglais, mais que le français doit être prédominant.

Notons enfin que l'Office québécois de la langue française a fait plusieurs représentations ces derniers temps pour obtenir des commerces qu'ils ajoutent un descriptif en français aux noms de magasins en anglais.