Des messages amoureux échangés entre une éducatrice et une élève de 12 ans, une vidéo érotique tournée sous la douche, une bague offerte en gage d'amour, un tatouage visant à immortaliser sur la peau cette relation tordue...

Mis à jour le 18 janv. 2019
ISABELLE DUCAS

Voilà quelques-unes des preuves présentées au procès de Virginia Genevrier, qui a dû faire face à la justice en raison de la relation amoureuse « totalement inappropriée » qu'elle a entretenue avec une élève fréquentant l'école primaire Île-des-Soeurs, où elle travaillait comme éducatrice au service de garde.

« Une série de messages textes, des photos, des lettres échangées témoignent tous de cette relation particulière, d'un amour réciproque infini sans jamais aucune allusion sexuelle. Comment une femme de cet âge, mariée et mère, a-t-elle pu développer au fil du temps une amitié à ce point particulière avec une adolescente d'à peine 12 ans à l'époque ? », a demandé la juge Hélène Morin, en rendant son jugement dans cette affaire, hier au palais de justice de Montréal.

La femme de 40 ans s'est même retrouvée en prison pendant quatre mois, au cours du processus judiciaire, parce qu'elle avait violé une ordonnance lui interdisant d'entrer en contact avec l'adolescente.

Ce « manque total de jugement » a valu à Virginia Genevrier une peine de six mois de prison, qu'elle n'aura cependant pas à purger, compte tenu de la détention préventive. Elle a aussi été condamnée à 20 mois de prison à domicile et à 240 heures de travaux communautaires, en plus de se faire interdire toute communication avec la jeune fille pendant cinq ans.

Accusée en mars 2018 d'avoir rendu accessible à une enfant des images sexuellement explicites et d'avoir violé l'interdiction de contact, elle avait plaidé coupable.

« L'amour de ma vie »

La jeune élève était dans la même classe que la fille de Virginia Genevrier, à l'école où travaillait l'éducatrice, quand l'étrange relation s'est nouée, en 2014. Vivant des difficultés familiales, la jeune fille s'est entichée de l'adulte ayant 25 ans de plus qu'elle.

Son obsession pour Virginia Genevrier a atteint un point tel que, en janvier 2018, elle lui a envoyé une bague, accompagnée d'une demande en mariage et d'une déclaration d'amour enflammée. « Tu es ma femme et l'amour de ma vie et j'arrêterai jamais de me battre pour toi parce que je vais t'aimer et t'épouser », a-t-elle écrit.

Peu de temps auparavant, au cours d'une conversation vidéo avec l'adolescente, alors âgée de 15 ans, Mme Chevrier avait accepté de se montrer nue sous la douche, en prenant des poses érotiques. Ces images ont été enregistrées et elles ont mené à l'arrestation de la femme, après leur découverte par la famille de l'adolescente.

Au début de la relation, Virginia Genevrier avait informé l'école de la situation. Comme l'adolescente continuait de communiquer avec elle, la police s'en est mêlée : Mme Genevrier a dû signer un interdit de contact, en août 2015. Mais elle a expliqué avoir accepté de revoir la jeune fille amoureuse parce qu'elle se faisait du souci pour elle, après des messages évoquant des idées suicidaires.

La femme a toutefois encouragé les sentiments de l'adolescente à son égard, notamment en se déclarant « folle amoureuse » d'elle, dans un message texte.

Virginia Genevrier s'est aussi fait tatouer, sur le flanc droit, la date de la fin de l'interdit de contact avec la jeune fille. « Avec un coeur », précise le jugement.

La juge Hélène Morin a avoué être « perplexe » face à cette affaire. S'il n'y a pas eu d'agression ni de contacts sexuels, elle note que « l'accusée s'est immiscée de façon totalement inappropriée dans la vie de cette adolescente et c'est ce qui doit être dénoncé ».

La magistrate a aussi souligné que l'adolescente avait assisté à une partie des procédures contre Virginia Genevrier au tribunal, avec sa mère et sa soeur. « Si ces dernières étaient assises dans la dernière rangée, [la jeune fille] était dans la deuxième rangée, sur le bout de son banc, pour ne rien rater de ce que disait l'accusée, indique le jugement. Devant elle, dans la première rangée, le mari fidèle fixait inlassablement le dos de sa femme debout dans le box des témoins. »