Andrée Brunet se souviendra longtemps de l’après-midi de mardi, quand trois coups de feu ont été tirés à quelques mètres de sa petite-fille, dans le quartier Chomedey, à Laval. Un évènement qui a plongé l’enfant dans l’inquiétude.

Publié le 11 mai
Mayssa Ferah
Mayssa Ferah La Presse

« C’est tellement calme, c’est résidentiel. On n’entend même pas le bruit des voitures ici », s’étonne la grand-mère d’une des deux fillettes témoins de la fusillade de mardi après-midi.

Pourtant, ce sont les bruits de tirs d’arme à feu qui ont troublé la paix de ce coin de rue tranquille. Une troisième fusillade en trois jours s’est déroulée vers 14 h. Les projectiles ont atteint un homme de 33 ans connu des milieux policiers.

Lisez « Des coups de feu en plein jour »

Des images transmises par un résidant à La Presse montrent une scène effroyable. On voit ce qui semble être une voiture noire de marque Cadillac suivre le véhicule de la victime, puis repasser devant pendant qu’elle se gare.

Au troisième passage, on peut voir une arme sortir de la fenêtre du côté passager pour faire feu vers la victime, qui sort de sa voiture avec une jeune femme.

Les jeunes filles sursautent et prennent la fuite en entendant les coups de feu alors que le véhicule suspect file à toute vitesse.

Andrée Brunet revenait d’un rendez-vous chez le mécanicien quand elle s’est retrouvée au milieu d’un périmètre policier, peu après cette scène chaotique. « Au garage, ils me disent qu’il y a une fusillade proche de chez moi. Je me dis, voyons, à cette heure-là ? »

Elle se précipite chez elle. Elle retrouve sa petite-fille de 11 ans et sa copine du même âge en pleurs. Les lumières étaient éteintes et les rideaux, tirés.

« La police était déjà là. Ils ont bien pris soin de calmer les enfants. Il y avait même un beau labrador pour les réconforter. »

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Au lendemain d’une fusillade où un homme a été blessé, un trou de projectile d’arme à feu était visible sur la voiture de la victime.

Mercredi matin, pas un son dans la rue Normandin, où s’est joué le tout. Un impact de balle était toujours bien visible sur une voiture noire stationnée sur le bord de la route.

Des agents du Service de police de Laval patrouillaient encore dans le voisinage pour rassurer les résidants.

Impunité

« On dirait que les tireurs prennent ça comme un jeu vidéo, sans aucun égard pour la sécurité des gens », estime André Gélinas, sergent détective retraité du Service de police de la Ville de Montréal.

Une balle peut ricocher, ajoute-t-il. L’un des projectiles aurait pu toucher un des enfants.

Ce type de criminel n’a visiblement pas ces considérations. C’est de l’arrogance au niveau de la loi, mais aussi au niveau des gens.

André Gélinas, sergent détective à la retraite

« Le message que ça envoie, c’est : notre guerre, ça compte plus que vos vies et votre sécurité », poursuit M. Gélinas.

L’impunité prime en ce moment, note-t-il. La priorité face à ces évènements est de surveiller les frontières par lesquelles transitent les armes, de continuer à en saisir et d’approfondir la collecte d’informations visant les gangs.

Anniversaire retardé

Mme Brunet se sent encore en sécurité chez elle, même si « c’est passé proche » de toucher une des deux fillettes. Sa petite-fille ne viendra pas fêter son anniversaire chez elle la semaine prochaine. « On devait faire ça chez moi. Mais là, c’est trop tôt. Elle est encore un peu sous le choc », explique la femme avec une pointe de tristesse dans la voix. Elle habite le quartier Chomedey depuis 2003.

Andrée Brunet est consciente de l’insécurité provoquée par la fusillade dans le voisinage. Mais elle ne veut surtout pas que les deux enfants cessent de jouer dehors. « Il faut consulter, il ne faut pas que ça devienne un traumatisme. »

Quand elle a parlé à sa petite-fille mercredi soir au téléphone, elle a quand même eu un petit frisson. « Elle m’a dit : ‟Bonne nuit, mamie, n’oublie pas de barrer tes portes et de fermer les rideaux ce soir.” »

Avec Frédérik-Xavier Duhamel, La Presse