Un pasteur montréalais qui a dérobé plus de 250 000 $ à ses fidèles n’a pas réussi à échapper à la justice mercredi en invoquant pour une seconde fois l’arrêt Jordan. Depuis bientôt 10 ans, le fraudeur Mwinda Lezoka multiplie les remises, les requêtes et les changements d’avocat pour éviter la prison.

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

L’ancien leader de la Communauté chrétienne de Béthel, une église évangélique d’Ahuntsic, a été reconnu coupable de fraude en octobre 2020 au terme de neuf longues années de procédures judiciaires au palais de justice de Montréal. L’Homme de Dieu profitait de son « ascendant indéniable » sur ses ouailles pour les frauder.

Mercredi, le juge Yves Paradis a rejeté la requête en arrêt des procédures pour délais déraisonnables en vertu de l’arrêt Jordan du pasteur Lezoka. Rappelons que la Cour suprême impose dans un tel dossier un plafond de 30 mois pour la durée des procédures, hors circonstances exceptionnelles, afin de respecter les droits fondamentaux des accusés.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LAPRESSE

Mwinda Lezoka

Mais si le dossier traîne depuis décembre 2011, cela est « principalement » dû aux délais institutionnels de Montréal et aux délais causés par l’accusé, conclut le juge Paradis. Le pasteur a par exemple changé trois fois d’avocat pendant les procédures pour finir par se représenter seul à son procès. MCynthia Lacombe le défend maintenant.

« [Avant] l’arrêt Jordan (en juillet 2016), M. Lezoka n’a fait aucun effort pour faire progresser le dossier. Au contraire, il a multiplié les demandes de remise pour obtenir les services d’un avocat et il a pris un recours en Cour supérieure qui a forcé la remise du procès. […] Il s’agit d’un acte volontaire de M. Lezoka dont le but était d’éviter la tenue du procès aux dates prévues », soutient le juge Paradis.

C’est d’ailleurs la deuxième fois que Mwinda Lezoka tente de s’en tirer en plaidant les délais déraisonnables. En 2017, le juge avait conclu que l’accusé avait déposé sa requête dans le but de « contourner » la décision du Tribunal qui refusait alors de reporter son procès. En outre, le pasteur voulait « repousser le plus loin possible » son procès, selon ce juge. Son procès a finalement eu lieu de l’automne 2018 à juin 2020.

Comme le dossier s’est amorcé avant l’arrêt Jordan, des « mesures transitoires » exceptionnelles s’appliquent, selon le juge Paradis. D’autre part, Mwinda Lezoka n’a subi aucun préjudice en raison des délais, malgré ses prétentions. S’il a perdu son emploi et s’est retrouvé dans la précarité financière, c’est en raison de la chute de son Église, estime le juge.

Dans les années 2000, le pasteur Lezoka a soutiré des sommes importantes à plusieurs de ses fidèles, alors qu’il avait placé son Église dans un gouffre financier en raison de projets immobiliers trop ambitieux. Ainsi, il a exercé une pression « abusive » sur deux sœurs pour les pousser à hypothéquer leur maison afin de prêter 127 000 $ à l’Église. Une autre fidèle a prêté 50 000 $ au pasteur pour éviter qu’il ne perde sa maison. Or, elle avait plutôt fait un prêt à un organisme géré par le pasteur. Le diacre de l’Église s’est même retrouvé dans la rue après avoir perdu 80 000 $.

Jusqu’à sa condamnation, Mwinda Lezoka continuait de se rendre régulièrement en République démocratique du Congo, où il était un pasteur respecté. Il a également déjà géré un comptoir de diamants dans son pays natal. Notons que M. Lezoka n’enseigne plus à l’Université de Montréal depuis 2010.

Les observations sur la peine sont prévues le 10 novembre prochain.