Un Montréalais atteint de déficience intellectuelle et reconnu coupable cet hiver du meurtre non prémédité de sa conjointe pourra recouvrer sa liberté pendant les procédures d’appel. Yves Nadeau ne présente ni risque de fuite ni risque pour la sécurité du public, selon la Cour d’appel du Québec.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Une semaine après avoir été condamné à la prison à vie sans possibilité de libération avant 11 ans et demi pour avoir étranglé et poignardé sa conjointe vulnérable en février 2014, à Hochelaga-Maisonneuve, Yves Nadeau a reçu le feu vert du plus haut tribunal de la province pour être libéré sous de strictes conditions, jusqu’à la conclusion de son appel.

L’homme de 61 ans a été déclaré coupable, le 3 février dernier, par le juge Mario Longpré pour son crime « inexpliqué et inexplicable ». Yves Nadeau n’avait pas présenté de défense de non-responsabilité criminelle pour troubles mentaux, malgré son importante déficience intellectuelle. Il a toujours nié avoir tué sa conjointe, malgré les preuves accablantes.

Le sexagénaire a l’âge mental d’un enfant de moins de 10 ans et affiche un quotidien intellectuel variant de 45 à 69, selon les évaluations, donc à la frontière entre la déficience légère et moyenne. Le juge a cependant déterminé qu’Yves Nadeau était « pleinement responsable » de ses gestes et que sa déficience intellectuelle n’avait pas contribué à son crime.

Son avocat, MMartin Latour, a interjeté appel du verdict de culpabilité en février dernier, en citant de nombreux motifs de fait et de droit.

Yves Nadeau a déjà passé plus de deux ans derrière les barreaux à la suite de son arrestation en février 2014, jusqu’à sa remise en liberté provisoire en mai 2016. Il a ensuite respecté scrupuleusement ses conditions de remise en liberté jusqu’à son retour en détention cet hiver. Ainsi, selon le juge Michel Beaupré de la Cour d’appel, tout indique qu’Yves Nadeau respectera ses conditions encore une fois.

La Couronne s’opposait à sa remise en liberté en plaidant que sa libération n’était pas « l’intérêt public », l’un des trois critères de la loi. Or, une personne « réfléchie, impartiale et bien informée » sur cette affaire conclurait que la mise en liberté d’Yves Nadeau pendant son appel n’ébranlerait pas la confiance du public, soutient la Cour d’appel.

Selon le juge Beaupré, la sécurité du public n’est pas « compromise » par la libération d’Yves Nadeau, un homme de 61 ans sans antécédent criminel et trouvé coupable d’un crime grave, mais « isolé dans sa vie ». Le juge du procès n’écarte pas un risque de récidive, mais n’a pas en main de rapports d’expert démontrant « un passé criminalisé ou des attributs personnels objectifs autrement compatibles avec un tel risque », nuance la Cour d’appel.

Yves Nadeau devra ainsi demeurer chez ses parents octogénaires en Montérégie, comme lors de sa dernière période de remise en liberté avant son procès.