Deux autres établissements licenciés ont été le théâtre d’un incendie criminel, ou d’une tentative d’incendie criminel, la nuit dernière, dans le nord-est de Montréal, et un présumé incendiaire a été arrêté, a appris La Presse.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Ces deux nouveaux attentats pourraient être reliés à la vague de six incendies criminels commis contre des bars, cafés et restaurants du nord de Montréal la semaine dernière même si la police ne confirme pas de lien pour le moment.

Le suspect, un homme de 35 ans, a été repéré par des patrouilleurs du SPVM vers 23 h 45, alors qu’il se trouvait à proximité du café Chisler, situé sur la rue Provencher, près de l’autoroute métropolitaine.

« Il y avait des policiers attitrés à la surveillance des bars dans le secteur et ils l’ont pris en flagrant délit. L’individu voulait vraisemblablement commettre un incendie dans un bar de la rue Provencher, près de la Métropolitaine », raconte l’agente Caroline Chevrefils du SPVM.

Selon la porte-parole, le suspect a tenté de fuir et a été arrêté un peu plus loin sur la rue Bourdages, près de la rue Pesant.

« Le maître-chien a assisté les policiers pour le retrouver et le chien l’a localisé près de cette intersection, qui est à une dizaine de minutes de marche du café bar, sur le boulevard Provencher », a-t-elle poursuivi.

À peu près dans la même suite chronologique, un incendie criminel a été allumé au restaurant Bella Vista, situé sur le boulevard Gouin Est, dans le quartier Rivière-des-Prairies.

« Tout juste avant minuit, nous avons reçu un appel pour une vitrine fracassée et un début d’incendie à l’intérieur d’un commerce-café situé sur le boulevard Gouin est, près de la 26e avenue. À l’arrivée des pompiers, l’incendie a rapidement été contrôlé. Une odeur d’accélérant semble avoir été détectée sur les lieux. Aucun suspect n’a été arrêté. Le dossier a été transféré à la section des incendies criminels », a décrit Mme Chevrefils.

On ne sait pas si le suspect pourrait être impliqué dans les deux événements. Une chose est sûre, il fait face à deux chefs d’incendie criminel et un de bris de condition relativement à sa présence près du bar Chisler, sur le boulevard Provencher.

« Le détenu a été transféré au centre de détention nord parce qu’il avait une bonne toux et que, par précaution en raison de la COVID-19, c’est la détention nord qui reçoit ces détenus. Il est en attente d’être transféré à l’Établissement de détention Rivière-des-Prairies. Il reste détenu et son enquête sur remise en liberté aura lieu lundi », a ajouté la porte-parole du SPVM.

Bras de fer pour le trafic

Selon des sources policières et du milieu criminel, même si son nom n’apparait pas au registraire des entreprises, le restaurant Bella Vista appartiendrait au chef d’une famille reliée à la mafia montréalaise, présente dans les quartiers Saint-Michel et Rivière-des-Prairies, et qui aurait toujours mené ses affaires avec indépendance et grande discrétion.

Quant au bar Chisler, il se trouve dans l’ancien fief du défunt chef de clan de la mafia Giuseppe De Vito, alias Ponytail, empoisonné au cyanure dans sa cellule du pénitencier de Donnacona durant l’été 2013. D'après des sources, le bar serait aujourd’hui contrôlé par un ancien membre de ce même clan considéré par la police comme une étoile montante du crime organisé. Mais selon d'autres, il appartiendrait à la même famille qui contrôlerait le Bella Vista.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Le bar Chisler

Plusieurs des huit établissements licenciés visés par des incendies criminels depuis une dizaine de jours sont connus comme étant des points de vente de drogue. Des sources n’excluent pas que ces incendies criminels soient une forme de pression exercée par des membres influents de la mafia pour forcer ces endroits à acheter et écouler leur drogue.

La police n’écarte pas non plus que ces incendies criminels soient le résultat d’une pression faite par des prêteurs usuraires liés au crime organisé, qui intensifieraient leurs opérations de collecte d’argent, pour éponger les pertes subies depuis le début de la pandémie de la COVID-19.

Des sources policières et du milieu criminel croient aussi qu’il puisse s’agir d’un conflit entre clans de la mafia pour le contrôle d’activités ou d’un territoire. Dans le secteur Saint-Michel par exemple, le départ à la retraite allégué du mafioso Antonio Mucci a peut-être créé une instabilité, pensent certains.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, ou écrivez à drenaud@lapresse.ca